Le mot politique a plusieurs significations, suivant le secteur qui le définit. Pour ma part, deux seules retiennent mon attention : celle qui repose sur la philosophie et celle que je propose suite à mes observations de son utilisation dans notre beau pays, celui qui fait tant de différences. Ainsi, en philosophie, la politique est une notion centrale. Elle vient du grec "polis", la cité, et "techné", la science : la politique se définit comme une science du gouvernement de la cité. Et si vous continuez les recherches, vous allez tomber sur des définitions idylliques, du genre de celle de Platon : « L'art politique réalisant le plus magnifique et le plus excellent de tous les tissus, en enveloppe, dans chaque cité, tout le peuple, esclaves ou hommes libres, les serrent ensemble dans sa trame et, assurant à la cité tout le bonheur dont elle peut jouir, commande et dirige.» Mais chez nous il faut mettre un bémol ! Comme je l'ai déjà écrit dans un de mes précédents articles, « politique » en Haïti justifie tout ce qui est illogique, illégal, et j'ose dire stupide !
Prenons en exemple la ratification du choix du Premier ministre. L'assemblée des parlementaires doit faire un vote dans lequel il faut simplement dire si le dossier, sur la base des pièces présentées, est recevable. Mais non, comme a dit l'autre, le vote sera politique, autrement dit basé simplement sur des intérêts mesquins fort loin d'une quelconque recherche d'un bonheur pour la cité. Ainsi, en Haïti, quand on parle de politique, il faut voir toutes les basses manoeuvres d'une clique ou d'un clan voulant accroître ses privilèges, dussent-ils être au grand dam du bien commun.
Ceci, mis en application, donne des situations qui, suivant le côté où l'on se trouve, sont soit dramatiques (pour la majorité), soit bénéfiques (pour une minorité). Prenons, par exemple, un ministre qui refuse de nommer une compétence dans une région de province simplement parce que la personne en question, dans le passé, s'était opposée à son clan. Toute la population de la région sera pénalisée tout simplement parce que le potentat est rancunier. Mieux, autre cas de figure, un directeur départemental ou un directeur d'une institution (école, lycée, hôpital) qui faisait bien son travail est remplacé par le cousin d'un sénateur allié fidèle du ministre de tutelle. C'est bon pour le cousin, mais catastrophique pour la population, car le plus souvent le remplaçant va briller pour son incompétence potentialisée par le fait qu'on ne peut le sanctionner...
Je peux aussi citer le fait d'un directeur installé qui va transférer ou révoquer tous ceux qui occupent un poste de responsabilité pour y mettre ses partisans, mais le « best of the best » est obtenu grâce au fameux contrat de travail.
Le contrat de travail est une trouvaille des responsables étatiques qui doivent faire face à l'absentéisme des cadres de la fonction publique. Bien des fois, je suis sidéré par l'illogisme de certaines solutions proposées, car elles révèlent un certain aveuglement des dirigeants. Un exemple ? Face à l'encombrement de nos rues dû au fait que les marchands étant sur les trottoirs, les piétons sont dans les rues, les stations sauvages des transporteurs publiques qui sectionnent en petits morceaux les circuits et bouchent les rues, les marchés débordant largement sur la chaussée, la rétrécissant en une voie ; la solution trouvée : changer le sens des rues et créer de nouveaux rues à sens unique... Les contrats de travail ne sont pas toujours utilisés à bon escient, car, encore une fois, la politique haïtienne corrompt. Les contrats peuvent, sans aucun préavis, ne pas être reconduits et ainsi, si une institution a un nouveau responsable, celui-ci peut réembaucher qui il veut. Si nous sommes en pleine campagne électorale, il favorisera un secteur donné. Alors imaginez un peu cette situation : plus d'une centaine de professionnels, dont certains travaillent depuis plus de deux ans, rejetés à la rue. Imaginez des pères et des mères, à qui l'on doit trois mois de salaire, se voir non reconduits à la fin du mois de septembre non pas parce qu'ils ont commis une faute, mais tout simplement parce que soumis au bon vouloir de nouveaux dirigeants qui veulent engager les leurs, même si ces derniers n'ont pas les compétences requises.
Alors je crois que vous comprenez mieux la démotivation qui anime bien des fonctionnaires quand ils voient ces victimes de la politique !
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