La saisine de la Cour interaméricaine des droits de l’homme par le Conseil permanent de l’Organisation des Etats américains (OEA), le 29 octobre dernier, et les différentes réunions de la Caricom sur l’arrêt de la Cour constitutionnelle dominicaine laissaient déjà présager une fin négative à cette décision raciste. Les débats suscités par les Parlements de différents pays du continent américain et les nombreux articles des médias à couverture régionale et mondiale sur cet arrêt montrent la grande préoccupation de la communauté internationale sur cette décision inédite, susceptible de conduire la République dominicaine à une crise interne aux conséquences incalculables. La présence, depuis samedi, de la délégation de la Cour interaméricaine des droits de l’homme sur le sol dominicain pourrait contribuer à diviser davantage cette société sur la nature de cet arrêt de la Cour constitutionnelle et sur l’opportunité du décret d’application par le gouvernement de ce pays. En recevant les dépositions des uns et des autres pendant une semaine, les membres de la délégation de la CIDH vont sans nul doute se faire une autre lecture de la situation qui prévaut dans le pays. D’un côté, plus de 350 intellectuels annoncent l’organisation d’un sit-in pour exprimer leur désaccord à l’acte du 23 septembre, de l’autre, des étudiants qui contestent la présence de la CIDH projettent de manifester cette fin de semaine en signe de soutien au président Danilo Medina. Avec une économie florissante, une éducation adaptée à la vision du développement, des institutions solides et une stabilité politique, le pays de Joaquim Balaguer se positionnait depuis une trentaine d’années comme un modèle de développement dans la région. Cependant, depuis plusieurs semaines, ce n’est ni le taux de croissance du pays voisin ni ses belles plages et encore moins les luxueux hôtels pour les touristes qui frappent l’imagination des journalistes internationaux, mais l’évolution du dossier du 23 septembre 2013. Pendant longtemps, les violences survenues dans ce pays à l’occasion des différentes compétitions électorales n’étaient jamais rapportées par les médias internationaux. Le banditisme qui sévissait en territoire voisin était toujours à l’affût des agences mondiales d’information aussi bien que les médias régionaux. Les investissements américains et européens dans ce pays depuis plus de deux décennies empêchaient la presse de diffuser l’information susceptible de ternir l’image de ce pays qui fait la joie des touristes. L’arrêt du 23 septembre a changé la donne et pourrait ouvrir la voie à la diffusion d’informations de toutes sortes sur la république voisine. Plus le gouvernement persiste à évoquer la souveraineté de ce pays pour ne pas faire marche arrière, davantage le pays sera sur la sellette pour violation de droits humains. Et si les conditions de vie de nos frères et sœurs dans les bateys dominicains sautaient aux yeux des journalistes étrangers, de quel crime ce pays serait-il accusé ?