Par Hérold Jean-François
Ce 5 décembre rappelle trois dates, la découverte d’Haïti par Christophe Colomb en 1492 qui débouchera peu de temps après sur le premier génocide de l’histoire de ce que l’on appellera plus tard, le Nouveau Monde. Le 5 décembre 1990, vers la fin de la campagne électorale, le sang a coulé à Pétion-Ville, juste avant le passage de la caravane du candidat Aristide. Des versions contradictoires circulent sur cet événement et aucune investigation sérieuse n’a, à date, fixé les responsabilités pour que les coupables qui, assurément, tiennent encore le haut du pavé, rendent compte. Et il y a à peine dix ans, le 5 décembre 2003, le terrorisme d’État a déployé un voile de terreur sur le pays, notamment à l’INAGHEI et à la Faculté des sciences humaines.
Les hordes de « chimè » du pouvoir lavalas entrèrent par effraction dans deux enceintes de l’Université d’État d’Haïti, appuyés par la Police nationale d’Haïti vouée à la cause du maître d’alors, Jean-Bertrand Aristide, violant le sacro-saint principe de l’inviolabilité de l’Université, consacré par la Constitution en son article 34. Saccage du local des sciences humaines, agression physique contre le recteur Pierre-Marie Paquiot et le vice-recteur Wilson Laleau, bastonnade de plusieurs dizaines d’étudiants, coups et blessure, bref, la terreur.
Il y a seulement dix ans et depuis personne n’a été jugé en bonne et due forme pour ces forfaits. L’un des agresseurs clairement identifié a été emprisonné brièvement, mais à la faveur du climat d’impunité généralisée, il se trouve aujourd’hui aussi libre que le vent…
Aujourd’hui, les lavalassiens prétendent revenir dans les sphères de décision après une gestion catastrophique du pouvoir sur fond de violence comme celles de la journée du 5 décembre 2003 et d’autres dates toutes aussi fatales comme le 17 décembre 2001 qui a valu à plus d’une douzaine de journalistes de fuir le pays, tandis que plusieurs partis politiques ainsi que des résidences de leurs leaders ont été la cible d’incendies criminels. Le 5 décembre 2003 a été le début de la fin de l’ère lavalas, le pays ayant décidé avec force et conviction que les violences de cette journée de sang ont suffi et qu’en les fomentant, le pouvoir de Jean-Bertrand Aristide avait dépassé les bornes.
La réalité du jour mettant en scène à nouveau les lavalassiens doit nous interpeller. Quand on a la chance d’accéder au pouvoir, il ne faut pas avoir une vision courte en regardant le cadre limité du mandat présidentiel, en privilégiant les pires options. Aujourd’hui, nous sommes certains que le 5 décembre 2003 doit gêner les lavalassiens, c’est le genre d’événement qui leur enlève toute leur prétention et la légitimité requise pour jouer un rôle dans la construction démocratique.
Le 5 décembre 2003 nous enseigne clairement que nous ne saurons revenir à ces dirigeants qui n’ont pas su quoi faire du pouvoir qu’ils ont eu la chance d’obtenir et qu’ils ont décidé délibérément de gaspiller. Le 5 décembre 2003 et son contenu de violence, de la terreur d’État comme on doit la rejeter avec force, doit former notre conviction pour que nous comprenions avec lucidité que nous ne saurons choisir notre passé dans ce qu’il y a eu de plus abominable, et le projeter comme avenir.
L’avenir d’Haïti doit être en rupture avec la « vision » lavalassienne du pouvoir, c’est-à-dire, la violence comme projet politique, la division comme finalité, la terreur de la mobilisation permanente par une violence active, la lutte des classes, la haine de la réussite et la généralisation de la misère, en créant les conditions pour que nous soyons tous égaux dans la pauvreté…
Quand on a eu lavalas au pouvoir pendant toutes ces années, quand ce groupe politique a modelé la plus grande partie de la transition post-Duvalier et que son incurie a généré les actuelles réalités d’un pays totalement dépendant, un pays délabré qui a perdu sa souveraineté et sa fierté, ses repères historiques, un pays sans projet et sans perspective, un pays mis à genoux vivant toutes sortes de drames à cause d’une absence de vision de leaders qui n’ont pas été à la hauteur des rêves de grandeur de tout un peuple qui les adulait ; il est clair que l’avenir doit se construire sans cauchemar mais plutôt, cette fois-ci, avec de nouveaux rêves qu’Haïti peut être autrement que ce qu’il a été et ce qu’il est devenu avec lavalas au pouvoir, un État paria livré en pâture à des « bandi legal »…
Paske nou te dòmi ak Jan pandan anpil ane, nou konn kouman Jan wonfle, e paske « nou konn pran sant sa deja » tou, pou konstwi lòt Ayiti demen an, lòt Ayiti miyò a, nou bezwen « bagay nèf »…
5 décembre 2013
Ce texte a été initialement diffusé au Journal de 17 :00 de Radio IBO, 98.5 FM Stéréo, le jeudi 5 décembre 2013.
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