Sans surprise, le rapport préliminaire de la Commission interaméricaine des droits de l’homme sur l’arrêt de la Cour constitutionnelle dominicaine a décelé le caractère raciste de cette décision qui est contraire à la Constitution de ce pays. Après avoir pris connaissance de cet arrêt et reçu la déposition de 3 994 Dominicains et Dominicaines pour la période allant du 30 novembre au 5 décembre, la commission s’est rendue à l’évidence que la décision du 23 septembre 2013 est fondée sur la race et la pauvreté de cette catégorie de personnes vivant sur le sol de ce pays depuis plusieurs décennies. La couleur de leur peau et leurs conditions de vie dans cette société sont les deux facteurs rendant ces dizaines de milliers de personnes d’ascendance haïtienne indignes de jouir de la citoyenneté dominicaine.
Si l’on s’en tient à la décision prise en 2008 par la Cour interaméricaine des droits de l’homme, à la suite d’un recours exercé par Sonia Pierre, Dominicaine d’ascendance haïtienne, pour avoir été dénationalisée par les autorités dominicaines, on devrait s’attendre à la continuité dans la bonne direction de la CIDH. Le gouvernement de Medina et les juges de ladite cour ne disposent d’aucun recours pour faire valoir une quelconque position dans le cadre de ce dossier. Dans un sens comme dans l’autre, ils ne peuvent que renoncer à cet arrêt discriminatoire. A la suite des mesures conservatoires prises par la Caricom contre ce pays à propos de sa demande d’adhésion et des positions des autres Etats de la région contre cet arrêt, et en ne recevant le soutien public d’aucun pays ami dans cette conjoncture dramatique, les autorités dominicaines ne devraient plus continuer à se faire ridiculiser pour une décision sans issue.
A chaque jour qui passe, c’est une réaction négative qui est enregistrée sur ce dossier. Aujourd’hui, c’est l’ex-président Bill Clinton, demain ce sera une autre personnalité mondiale qui dénoncera cette mesure. Pendant combien de temps l’Etat dominicain pourra-t-il rester sur la corde raide devant la multitude de réactions dont les unes sont plus tranchantes que les autres ?
En Haïti, parallèlement au rapport préliminaire de la Commission interaméricaine des droits de l’homme, personne ne sait quelles sont les réflexions profondes engagées par les autorités constituées pour l’implantation de structures durables dans le pays face à notre dépendance via-à-vis de la République dominicaine ?
Le grand président haïtien Dumarsais Estimé avait compris l’importance des villes frontalières en construisant Belladère qui fut à l’époque un modèle. Le projet de ce gouvernement pour toute la ligne frontalière a été stoppé par le coup d’Etat du 10 mai 1950. Aucun autre gouvernement n’a poursuivi l’idéal de Dumarsais Estimé dans cette voie. Aujourd’hui, rien n’empêche l’administration Martelly-Lamothe de nommer un ministre sans portefeuille chargé du développement des villes frontalières. Ce ministre, qui doit être un grand administrateur, devrait avoir les voies et moyens nécessaires pour remplir sa mission dans un temps déterminé. Avec une telle décision, nos voisins n’auraient plus besoin d’humilier nos enfants des villes frontalières qui sont obligés d’aller recevoir le pain de l’instruction en territoire dominicain. Nos femmes enceintes n’iraient plus se faire soigner de l’autre côté de la frontière. L’initiative aurait un coût comme tout chemin qui mène au développement.
Et la leçon aurait été apprise. Ce serait le début des actes positifs pour l’Haïti émergente dont rêve le Premier ministre Lamothe.
Lemoine Bonneau
lbonneau@lenouvelliste.com
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