Le monde a rendu hommage à Nelson Mandela encore une fois ce 10 décembre. Cette fois, plus d’une centaine de présidents - dont Michel Martelly-, de chefs de gouvernement et de personnalités se sont rendus chez lui, en Afrique du Sud, au stade de Soweto où Mandela avait fait sa dernière grande apparition publique lors de la Coupe du monde de football de 2010.
Dans une succession de discours, les uns plus dithyrambiques que les autres, l’homme le plus respecté au monde ces dernières années a été campé comme un héros. Un modèle. Un exemple. Un géant. Mandela mérite de tous ces titres.
L’ironie de cette grand-messe eoccuménique était l’absence du corps du défunt. Mandela n’est plus avec nous, mais il reste bien présent. Parmi les siens qui se sont déplacés en grand nombre et aux yeux des milliards de téléspectateurs qui ont jeté un regard curieux et concerné sur une partie ou une autre de la cérémonie retransmises et reprises par toutes les télévisions du monde, il était là.
Le moment fort de la journée a été le discours de Barack Obama et la poignée de main entre le président américain et le chef de l’Etat cubain. Un miracle Mandela ou la promesse d’une réconciliation à petits pas entre des ennemis qui se regardent en chien de faïence depuis des décennies ? L’avenir le dira.
Fidel Castro, vu son grand âge, est sur la courte liste des personnalités qui, dans les prochains temps, attireront autour de leur dépouille de grandes ferveurs. Le salut entre Obama et Raul Castro est aussi un message pour dire que les deux voisins doivent passer à une nouvelle étape dans leurs relations.
Les funérailles sont des moments de civilités. On y rencontre tout le monde et la bienséance veut que tout le monde s’y salue. Il faut qu’il y ait cependant des funérailles.
Ce 10 décembre, Journée internationale de la commémoration de la Déclaration universelle des droits de l’homme, a été retenu pour rendre hommage aux victimes de l’impunité en Haïti. Beaucoup d’entre elles n’ont pas eu de sépulture connue.
C’est ce qui ressort du film d’Arnold Antonin présenté ce mardi à la Fokal. A l’écran, pendant plus d’une heure dans « Le règne de l’impunité », comme la récitation d’une litanie, une succession de victimes a égrené leur histoire tragique. Des morts, sans corps retrouvé, sans justice rendue, s’additionnent dans un abécédaire sans fin.
« Le règne de l’impunité », s’il met l’accent sur la période de la dictature des Duvalier, n’épargne pas les régimes qui ont suivi. Et dans la salle quand arrive le temps du débat d’après projection, une voix s’élève pour dénoncer la commémoration du 29 novembre dernier avec autour du président de la République des militaires en fonction quand le massacre de la ruelle Vaillant fut perpétré en 1987 et d’autres voix pour réclamer en plus des bourreaux que l’on poursuive ceux qui jouissent de l’argent du système.
Dans cette mise à nu de l’impunité, deux constats : sans volonté politique, pas de porte de sortie honorable; sans le support de la communauté internationale, la justice s’étrangle dans les encoignures de ses petits souliers. Le recours pour avoir justice dans le cas Duvalier est de porter l’affaire devant une instance internationale, suggère l’ambassadeur Rodolfo Mattarollo.
Et revient l’expérience de l’Afrique du Sud. Il faut savoir surmonter l’indépassable sans cesser de condamner l’inacceptable. Haïti hésite encore, ne sachant quel chemin prendre, laissant l’impunité prospérer, nourrie de la faiblesse chronique des institutions.
Ici, ni les hommes ni les institutions ne sont à la hauteur du défi.
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