Un communiqué de la présidence haïtienne a annoncé mardi soir que les présidents dominicain et haïtien se sont rencontrés au Venezuela, ont pu se parler et ont convenu de la mise sur pied « d’une commission mixte de haut niveau en vue de résoudre des problèmes d’intérêts communs ». La commission sera formée de « 10 représentants, dont cinq (5) de chaque côté, dans le souci de préparer un agenda et un chronogramme de travail ». « Les deux parties ont convenu de la nécessité de rétablir le dialogue et d’aborder des thèmes liés aux deux pays, tels la migration, le commerce, la sécurité frontalière et l’environnement », explique la note de la présidence haïtienne. Les présidents Martelly et Medina en ont profité pour inviter la République bolivarienne du Venezuela, l’Organisation des Nations unies, l’Union européenne et la CARICOM à les accompagner dans ce processus de dialogue. Sans douter de la bonne foi d’aucune des deux parties, ce nouveau sommet a simplement permis de revenir à la situation antérieure. Lors du coupé faché de la dernière fois. La Caricom et le Venezuela étaient déjà parmi les facilitateurs. Ce qui n’est mentionné nulle part dans le communiqué, c’est l’avenir de l’arrêt 168-13 de la Cour constitutionnelle dominicaine. On ne sait rien non plus des rapatriements d’Haïtiens par nos voisins. Ces points ont-ils fait l’objet de discussions secrètes autour d’un baril de pétrole vénézuélien ? Pour revenir à la commission mixte, il faut se dire que depuis plus de 20 ans le mécanisme existe et n’a jamais accouché de résultats concrets. Les Dominicains se protègent de nous et nous ne sommes pas forts en négociations, il ne faut pas le cacher. Nos représentants dans les commissions mixtes ne sont jamais outillés, sont rarement soutenus dans leur mission. Ni par l’Etat ni par la société haïtienne. Le secteur privé par exemple ne se sent pas de taille pour épauler les batailles à mener. D’ailleurs, les rapprochements se sont opérés dans un seul sens ces dernières années au fur et à mesure que le dégel des relations entre les deux pays s’opérait. De nouveaux maîtres venus de l’Est ont conquis les cœurs, les poches et les marchés. De proche en proche, de secteur en secteur, Haïti est en train de se faire absorber dans des relations inégales. La nouvelle commission mixte risque de nous diluer encore plus, de nous mixer au lieu de nous entraîner dans la recherche de solutions au bénéfice des deux parties. La diplomatie haïtienne, au sens le plus large du terme, est devant un immense défi. Il n’y a que le dialogue qui puisse porter ses fruits dans les relations entre les deux pays, il faut trouver le ton juste et les points d’intérêts communs.