Jean Hector Anacacis, ex-sénateur et politicien depuis les temps immémoriaux de la dictature, a lâché mi-fanfaron mi-sérieux lundi sur une radio de la capitale que les Dominicains vont tout faire pour avoir au plus vite à la tête d’Haïti un Premier ministre qui sera favorable à leurs intérêts.
Selon cet ancien homme de gauche, qui n’a pas perdu son acuité d’analyse, les Dominicains vont financer largement les candidats aux prochaines élections pour faire élire des candidats aux deux chambres sensibles à leurs points de vue.
Déjà, il se dit que des rabatteurs écument les circonscriptions de province pour débusquer les bons futurs candidats et offrent appuis et supports. Ils ne se présentent pas comme des pro-Dominicains, mais font miroiter les solutions miracles que des amis de l’autre côté de la frontière peuvent mettre à la disposition de ceux qui en feront la demande.
Avec la République dominicaine, ce ne sont pas des considérations politiques ou idéologiques qui motivent le soutien offert, mais une stratégie bien réfléchie.
Les dernières élections de 2010, avec la débauche de moyens de certains candidats, avaient déjà laissé entrevoir que la vanne dominicaine avait inondé des camps en partie haïtienne. Dans un pays où tout le monde adore parler politique, mais refuse de mettre la main à la poche, les partis politiques et candidats ne répugnent pas à accepter de l’aide.
Dans le déroulé de l’histoire d’Haïti, ce n’est pas la première fois qu’ici ou là-bas les intérêts se rapprochent. C’est la première fois que l’enjeu est si grand. La réunion de ce mardi 7 janvier à Ouanaminthe et les suivantes qui s’annoncent s’inscrivent dans cette perspective. Nos voisins nous ont à l’œil et mille tentations les traversent.
Aux autorités et à l’opinion haïtienne de bien comprendre les mises et les forces en présence. Sur chaque dossier.
Obligés de négocier avec Haïti, le Petit Poucet, chaque pas, dans un sens ou dans un autre, consenti par les Dominicains, aura des répercussions et, comme dans toute négociation ils vont chercher à en tirer parti.
Ce qui se joue autour de la commission mixte ad hoc et qui se poursuivra un jour avec la commission mixte régulière, c’est à la fois l’établissement d’un nouvel ordre sur l’île, mais aussi les contours d’un nouvel équilibre-déséquilibre. Ce sera délicat. Long. Prenant. Sensible.
Sont en jeu des forces d’argent, des constructions idéologiques et de l’amour-propre, les plus inflammables des carburants entre deux peuples.
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