Kesner Pharel anime depuis des années une université libre et ouverte à travers les médias, plus précisément Radio et aujourd’hui Télé Métropole. Depuis son retour d’études à l’étranger, Roro, comme tout le monde l’appelle, partage ses connaissances, ses points de vue, alimente un incessant débat sur les questions économiques et l’entrepreneuriat. En ce début de janvier, pour lancer l’année, il a reçu tour à tour, entre micros et caméras, le gouverneur de la Banque de la République d’Haïti, Charles Castel, le ministre de l’Economie et des Finances, Wilson Laleau, le président de la Chambre de commerce et d’industrie d’Haïti, Didier Fils-Aimé, le président de la commission Finances du Sénat, Jocelerme Privert, et l’économiste Pierre Marie Boisson. Si l’identité de ses interlocuteurs varie suivant les aléas de la politique, l’économiste PMB est inamovible. Pierre Marie Boisson, l’une des têtes pensantes de la Sogebank, Président-directeur général de la Sogesol, et l’un des actionnaires de E-Power, revient dans les émissions de Pharel avec une régularité exemplaire pour radiographier l’année écoulée et diagnostiquer les grandes tendances de l’économie haïtienne pour les mois à venir. Le rendez-vous vaut son pesant d’information et d’éclairage. Cette année, en plus de l’analyse des faits saillants de l’économie mondiale et de la nôtre, Boisson a rappelé des faits prépondérantslourds qui, d’année en année qu’il les souligne, n’interpellent jamais les décideurs de tout bord au sommet de l’Etat haïtien. Première évidence, c’est la migration, la diaspora, ce 10e département théorisé par Georges Anglade au temps où le pays ne comptait que 9 départements géographiques, qui soutient l’économie nationale. Avec des transferts alimentant 20% du produit intérieur brut, nos diasporas financent notre consommation et nos rêves. Ils sont les seuls postes de transferts dont 100% des allocations vont aux familles directement (l’aide étrangère, sous toutes ses formes, les dons, les prêts sont très loin de ce ratio). Deuxième évidence dite et redite par Pierre Marie Boisson, la force surévaluée de la gourde encourage les importations et nous fait vivre au-dessus de nos moyens. Cela tue le tourisme, tue l’agriculture, tue la sous-traitance et tue toute velléité de production nationale. Ces dix dernières années, tous les gouvernements ont tout fait pour garder le taux de change stable et la gourde forte. Une hérésie, si l’on écoute PMB. PetroCaribe est un poison. C’est une troisième évidence expliquée par l’économiste. Au rythme de 400 millions de dollars l’an, nous nous endettons sans rien mettre en place et sans avoir les moyens de rembourser au Venezuela ses avances. De 1986 jusqu’à l’effacement de la dette d’Haïti il y a cinq ans, le pays devait au monde 2 milliards de dollars. En moins de 5 ans nous allons en devoir autant sans obtenir en retour ni croissance ni prospérité équivalentes. Une seule échappatoire : n’avoir jamais à payer la dette de PetroCaribe. Ajouté au problème comptable de la dette induite par l’aide bolivarienne, Boisson a mis en évidence l’abysse des dépenses énergétiques adopté comme modèle. Haïti, en important du pétrole et en le revendant à un prix plus faible que le prix de revient, ne pourra jamais payer ses dettes. Plus grave, l’utilisation d’une partie de cette manne pétrolière pour produire de l’électricité qui n’est pas facturée aux consommateurs accélère la spirale. A écouter Pierre Marie Boisson, le gouvernement Lamothe, comme ceux d’avant et les autres qui suivront, devrait mettre l’accent sur la « production » de candidats à l’émigration pour alimenter une diaspora qui ne sera par l’éternelle pourvoyeuse de nos fonds si les bras ne sont pas renouvelés. Il faut aussi un vrai choc du taux de change. Une meilleure politique fiscale et douanière et de l’ordre dans notre chaos énergétique. Ces solutions ne sont pas suffisantes, mais indispensables pour atteindre le taux de croissance qui nous fera décoller et laisser les 4 ou 5 % de rattrapage de cette année bénie des dieux qui nous ont épargné des catastrophes naturelles en 2013. « On ne fait pas de l’économie pour passer une bonne année », a dit Boisson. Il nous faut une suite ininterrompue de bonnes années. Et cela a un prix. Qui était à l’écoute de Pierre Marie Boisson ?