Dans le cadre du Sommet II, de la Celac, au centre Pabexpo de La Havane, Cuba,
Tandis que le président haïtien Michel Martelly, impeccable en guayabera, jovial et décontracté, se fraie un passage parmi ses collègues et amis, le président Danilo Medina, en costard cravate, la mine sévère, paraît préoccupé.
Il est porté à la connaissance du président Danilo Medina que la CARICOM entreprend ici même, au sommet Celac, des démarches pour qu´une résolution soit émise contre la RD condamnant la décision 168 13 du Tribunal constitutionnel dominicain.
Un acte déterminant pour la CARICOM mais offensant pour la RD
Quel acharnement contre la RD..., s´inquiète le voisin. Danilo Medina se sent vilipendé et persécuté non seulement par Ralph Gonzalves, ce président d´un infime bout de terre, tellement "chiquito"... qui s´impose et ne sait pas lâcher prise... mais aussi par cette Trinidadienne, au nom impossible à prononcer, elle aussi une dure à cuire et arrogante en plus....Tous deux de connivence avec Martelly.
Ce qui énerve la partie dominicaine, c´est bien ce qu'elle voit comme une intromission de la CARICOM lorsque, pour leur part, les autorités haïtiennes maintiennent un dialogue ouvert.
Cette lecture particulière qu´ont les Dominicains leur permet de penser que les autorités haïtiennes sont effectivement en quête d´une solution à l´amiable et qu´ils n´ont pas le choix. Comment pourrait-il en être autrement quand les Haïtiens ont, depuis des décennies, occupé le terrain bas dans toute négociation bilatérale?
Attitude haïtienne qui semble d´ailleurs convenir parfaitement à la partie dominicaine puisqu´elle lui permet de faire projeter une image acceptable et qu'elle voudrait généreuse un peu partout sur la scène internationale et dans la presse.
Simultanément, elle calme la scène locale au pays, les enragés du patriotisme épidermique.
Ce tableau du “dialogue en cours” convient à la République dominicaine quand les Haïtiens et leurs alliés -sont-ils persuadés- continuent (en sous-main pour les Haïtiens, ouvertement pour les alliés) leur campagne malveillante contre les Dominicains dans toutes les sphères d´intérêt.
Et comme si cela n´était pas assez, à La Havane, la relation personnelle est tendue. Danilo et Michel, ces hommes qui ont entretenu dans un passé proche d´excellentes relations, se seraient laisser entraîner à de "vifs échanges" lors d´une séance de travail. 5 heures de discussions rapporte l´AFP, le double du temps prévu...
L´Agence France-Presse précise, à partir de témoignages de diplomates : " Les points de la déclaration finale ont fait l'objet d'âpres débats à huis clos. De vifs échanges ont ainsi opposé les présidents d'Haïti, Michel Martelly, et de la République dominicaine, Danilo Medina - qui se partagent la même île - sur les thèmes migratoires".
A la cérémonie officielle plénière, le président dominicain crée la surprise quand il informe l´assemblée qu´il ne peut laisser passer ces mésinterprétations pour la presse dont la Télévision TV Sur, et même...
A la tribune CELAC de l´assemblée plénière, 31 nations en présence. Par-devant les latino-américaines et les caraïbes réunies sous l´égide de Raoul Castro, le président dominicain se sent obligé de défendre sa souveraine position quant à sa population. Il est sur des charbons ardents. Il entame sa défense d´une voix précipitée, hachée, il est évidemment énervé et presque hors de lui. Voir vidéo.
http://www.youtube.com/watch?v=effBRUJ5PsU
Du coup, le président Medina met de côté le discours antérieurement prévu pour l´occasion et, tout en s´excusant auprès de son auditoire, charge. Il s´en prend aux attaques qui lui sont faites. Il est convaincu d´être la victime de faiseurs d´histoires mensongères contre son pays, somme toute contre son gouvernement. Il déclare absolument irrecevables les accusations de racisme et de violation des droits de l´homme contre la RD. Basiquement, il rejette cette sorte de persécution dans sa pseudo-plaidoirie spontanée...
Émis au mois de septembre 2013, un processus de dénationalisation d´ une couche importante de la population dominicaine en territoire dominicain est actuellement en cours d´exécution à partir de l dite décision 168 13. En effet, elle se poursuit malgré les déclarations de bonnes intentions du gouvernement Medina et la mise en train d´une mécanique légale d´exécution établissant des procédés difficiles à suivre, peu pratiques, frustrantes pour les concernés.
La population affectée, d´origine afro- haïtienne dans sa majorité, n´a ni la capacité ni les moyens de suivre la procédure requise… Doutant de la bonne volonté de la DR, la CARICOM, ayant porté antérieurement le dossier d'Haïti, une injustice universelle, par-devant les organismes des droits de l'homme, poursuit à ce jour sa quête d´abrogation d´une violation patente des droits humains.
Le président Danilo Medina tendu est sur des charbons ardents devant l´assemblée plénière. Son discours, tout en reproches, -envers Cuba pour l´avoir défendu autrefois (sous-entend qu´elle l´abandonne aujourd´hui en faveur d´Haïti), envers Haïti pour les aides apportées en RD à sa population venue de Haïti, plus d´un million de personnes. L´argent que les Haïtiens coûtent à son pays. Les étudiants qui paient les mêmes émoluments que les Dominicains…, et les nombreuses femmes venues accoucher dans leurs hôpitaux ...Il en remet également contre les alliés d´ Haïti.
Danilo Medina rejetant devant l ´assemblée l'accusation de racisme adressée à son pays s´écrie: " Comment pourrions-nous être racistes si plus de 80% de notre population est noire et mulâtre".
Jamais on n'avait entendu pareille déclaration formulée par des autorités dominicaines. Le simple fait que les Dominicains se reconnaîtraient noirs, sang noire ou, qu´ils se reconnaissent du type " afro-dominicains", comme on dit aux USA, serait-ce une avancée surprenante pour la RD?
La voix énervée, le président Danilo Medina mêle déception et inquiétude. Et pourtant, Danilo semble sincèrement croire à ce qu´il avance. Quand on ne comprend pas qu´on se trompe et qu´on insiste dans l´erreur, c'est la tragédie!
Qu´est ce qui aura provoqué une telle altération du président Danilo Medina à Cuba?
a. Irritante, la position adoptée par Cuba et les mots de Raoul Castro au sommet de la Celac en faveur d'Haïti. Je cite ici Raoul Castro: "contribuer au développement d'Haïti" ... "C'est au fait une obligation morale de la communauté internationale et de notre pays de continuer à contribuer au développement intégral de la République d'Haïti à travers des actions concrètes de coopération solidaire en fonction de leurs besoins et priorités nationale".
b. Les échanges quelque peu violents ou désagréables entre lui, Medina et Martelly lors de la séance de travail, lundi, la veille du discours devant l´assemblée plénière. Source AFP.
c. L´attitude irritante de fait peu cordiale de nombreux membres du Sommet à La Havane, Cuba, rejetant l´arrêt.
d. 1. La solidarité envers Haïti et dénonciation de la Sentencia pour raison humanitaire de la présidente de la CARICOM qui est aussi le Premier ministre de Trinidad et Tobago, Kamla Persad- Bissessar. Son discours devant l'assemblée plénière reprenant le thème antisentencia. Voir article Tout Haïti voir http://www.touthaiti.com/les-caraibes/3303-que-fait-martelly-pendant-que-la-Premiere-ministre-de-Trinidad-dénonce-l-arrêt-de-la-cour-constitutionnelle-au-celac-à-la-Havane…
d.2. L´insistance de Ralph Gonzalves de St. Vincent et Grenadine renfermé dans ses accusations renouvelées contre la RD. Medina lui en fait clairement le reproche, disant qu´il allait trop loin. En même temps, qui aura oublié la fameuse lettre de Gonzalves à Medina, triste constat dans lequel il précise que son pays (la RD) sera considéré comme “ paria” parmi les nations!?
e. L´opinion publique mondiale qui, depuis sept 2013, quotidiennemen,t fait connaître son rejet de l´arrêt en controverse. Un nombre important de condamnations émises dans la presse et sur les réseaux sociaux, etc. Des appels à boycott et manifestations dans les rues des grandes capitales… responsabilisant le gouvernement Medina, ses partisans comme la TC de cet arrêt aberrant.
Les reproches faits à la R D sont nombreux. Ils viennent de toutes les sphères du monde politique, des organisations internationales, du Vatican, des organismes de droits humains dont l'OEA, des grandes fondations américaines, des congrès américains, d´associations d´avocats américains etc. la société civile de plusieurs pays, et j´en passe.
f. Et pas des moindres, autre conséquence néfaste pour la RD : la menace constante pour la RD d´être éjectée de Petro Caribe. Or, on a encore en mémoire l´annulation de l´ application à “membership” faite à la CARICOM par la RD.
Et pourtant, ils sont nombreux les Dominicains qui voient autrement les choses.
Max Puig est l´un d´entre eux. Il écrit le 30 janvier sur sa page Facebook:
"Il est vraiment regrettable que le président dominicain ait dû consacrer une partie de son discours à la séance plénière du sommet afin de nier que le gouvernement dominicain mène une politique raciste. La vérité est qu'un groupe d'extrême-droite par ses positions politiques a placé la République dominicaine et son gouvernement dans une position très difficile à l'échelle internationale. Bien que le président Médina refuse de l´admettre au Sommet de la CELAC où n´importe où, le fait est que la décision de la Cour constitutionnelle a des retombées racistes, est discriminatoire, et viole les droits de l'homme, également méconnait les principes de la Constitution dominicaine elle-même, et prétend ignorer des engagements internationaux pris par notre pays."
Par ailleurs, un journaliste de CNN qui interrogeait récemment le président Medina sur l'arrêt 168-13, s´est vu rétorquer : " La Constitution d'Haïti établit, dans son article 11, qu'indépendamment de l'endroit où nait le fils d'un Haïtien, il jouit de la nationalité haïtienne de sorte qu´il ne peut donc être considéré comme un apatride".
Il est incontestable que le président Medina recourt à de faux arguments, à des arguments qui ne font pas le poids. Quand les prémisses sont mal posées, il n´est pas nécessaire de chercher ailleurs la faute. Il paraît certain aussi que le parti PLD et ses partisans ne changeront pas d´avis même devant l´évidence la plus criante.
Malgré tout, nous nous refusons à croire que le dialogue que nous menons entre pays sera un vain exercice, une perte de temps. Tandis que, dans les faits, l'insularité et les habitudes d´exclusion de cette clique politico-socio-économique au pouvoir en République Dominicaine est en train d´éroder la fragile relation Haïti -République Dominicaine.
Or, nos deux peuples seront les sacrifiés une fois de plus à moins que nous ne trouvions des éléments de solutions réalistes et travaillons activement à leur application.
Haïti, pour sa part, s´efforce dans la voie d´un dialogue tout en gardant ses options, du moins nous l´espérons.
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