Pour avoir étudié en Haïti et à l’étranger, et pour avoir aussi côtoyé des jeunes venus de différents pays, l’attitude et le niveau d’aptitudes des jeunes en Haïti m’inquiètent. Je ne parle pas particulièrement des jeunes de milieux défavorisés, mais surtout des jeunes de la classe moyenne ou des classes plus aisées, qui fréquentent les meilleures écoles et sont considérés comme l’élite du pays. J’interagis souvent avec ces jeunes. Après avoir eu la chance d’étudier aux États-Unis dans des universités de renom dont MIT et Harvard, je conseille certains élèves sur la procédure d’admission pour les universités américaines, notamment à travers le site educationhaiti.com. Je me rends compte rapidement que même les meilleurs élèves ont des lacunes importantes. S’il est vrai que certains ont un niveau avancé dans les matières enseignées à l’école (mathématiques, français, etc.), presque tous ont cependant un niveau très bas dans des compétences pertinentes pour leur succès, mais qui sont malheureusement peu enseignées en salle de classe. Je pense en particulier à des connaissances liées aux technologies modernes, ainsi qu’à des aptitudes sociales indispensables pour réussir à contribuer dans toute société. Par exemple, dans un monde dans lequel Google existe, je m’étonne de voir combien de jeunes me demandent par email des questions pour lesquelles une réponse peut être obtenue en moins de 30 secondes sur Google. Je suppose alors que c’est parce que ces informations sont souvent en anglais. Cependant, est-ce vraiment acceptable qu’un jeune “éduqué” aujourd’hui n’arrive pas à comprendre l’essentiel du contenu d’un site web en anglais? Je comprends que les langues officielles en Haïti soient le créole et le français, mais dans le monde informatisé et globalisé d’aujourd’hui, la réalité est telle que ceux qui ne comprennent pas l’anglais sont pénalisés. La liste de lacunes ne s’arrête pas à la capacité de rechercher des informations sur Internet et à communiquer en anglais. Elle comprend également plusieurs autres éléments, dont la capacité à: ? Contribuer à une équipe de façon efficace et fiable; ? Diriger une équipe; ? Utiliser correctement un clavier d’ordinateur (certains jeunes pensent que seul les secrétaires doivent apprendre à taper); ? Communiquer verbalement et par écrit de façon claire, concise et efficace (que ce soit en créole, en français, etc.); ? Identifier un problème concret dans sa vie ou dans sa communauté, puis concevoir et exécuter une approche pouvant le résoudre; ? Écrire un message email de façon professionnelle; ? Apprendre de façon autodidacte (e.g. à travers des ressources en ligne ou des livres); ? Identifier ses propres faiblesses et forces; Mon objectif n’est pas de pointer du doigt le système éducatif ou les jeunes. D’une part, les écoles et les enseignants essaient de leur mieux d’éduquer et d’encadrer les élèves avec des ressources financières et humaines souvent insuffisantes. D’autre part, beaucoup d’élèves font face à des difficultés personnelles et familiales, et ont également accès à peu de ressources pour les aider dans leur éducation. Mon objectif est surtout de permettre aux jeunes qui ne le réalisent pas encore, de se rendre compte que l’éducation qu’ils reçoivent en classe ne suffit pas pour les préparer pour l’avenir. Ils doivent eux-mêmes identifier et combler leurs propres lacunes. Ceci est vrai non seulement pour les jeunes en Haïti, mais pour les jeunes (et moins jeunes) dans le monde. L’éducation est un processus qui dure toute la vie et dont le seul responsable est soi-même. Même après avoir étudié dans les meilleures écoles du monde, je continue jusqu’à ce jour à m’éduquer, et à essayer de m’améliorer. Mes professeurs ont commencé avec moi le processus d’apprentissage, mais c’est à moi de le poursuivre et de l’adapter selon mes forces et mes faiblesses et aussi mes objectifs. Pour conclure, je vous laisse avec cette pensée du sage chinois Confucius qui a exprimé de façon plus succincte et éloquente mon message précédent: « Savoir que l'on sait ce que l'on sait, et savoir que l'on ne sait pas ce que l'on ne sait pas: voilà la véritable intelligence.» - Confucius