Encore une fois, une partie bien engagée finit en queue de poisson. Le dialogue interhaïtien accouche d’un espoir vain, pas même d’une souris. Samedi, le président du Sénat, Dieuseul Simon Desras ne s’est pas présenté pour parapher le document final de la deuxième manche du dialogue. Les partis politiques avaient pu trouver un consensus pour la première partie, l’exécutif et le Parlement sortent dos à dos de l'hôtel El Rancho. Quant au futur cardinal Langlois, il a dû prendre l’avion pour rencontrer son destin à la curie romaine. Que s’est-il passé entre les sourires satisfaits de jeudi et les gueules d’enterrement de samedi ? Qu’elle faute ou quel pêché a entaché le document ? Quels sont les non-dits ? Pour plusieurs observateurs, le dialogue était piégé. Cette conversation sur les affaires de la nation était trop belle pour bien finir. Trop d’inégaux autour de la table de négociation. Trop de petits partis tout heureux de se retrouver sans représentation parlementaire, sans représentation nationale, sans représentativité tout court, dans la cour des grands. Trop de gros partis nourris au lait de l’ego et dopés aux vitamines de l’opposition permanente. Pas assez de grandeur d’âme pour placer la nation au-dessus des intérêts particuliers. Tout cela, un peu de tout, un peu de rien, beaucoup de rien du tout, a fait capoter la belle mécanique du cardinal. On suppute, on suppose, on imagine. La vérité est sans doute bien là, quelque part, entre les lignes imaginaires qui définissent l’espace politique de l’imaginaire de nos politiciens. Allez savoir. Un fait est, on n’a pas assez bien lu le départ de certains partis de la table de l'hôtel El Rancho. Même Evans Paul, devenu le modéré de référence, annonçait qu’il ne signerait pas le document. Y a-t-il un os ? Un de ces pièges que les madrés de la politique haïtienne flairent des mois à l’avance ? Un fait est, en laissant voir qu’il était satisfait du processus de dialogue, Michel Martelly a fragilisé la machine. En mettant sur le tapis l’idée qu’un président puisse accomplir deux mandats consécutifs, Martelly a assommé l’envie de consensus des uns et des autres. Les jeux étaient faits avant de commencer. Dans un pays où les politiciens ne souhaitent laisser aucun président, élu ou pas, finir son mandat, qui voudrait du même président pendant dix ans dans un pays qui a déjà eu huit présidents à vie ? Ne soyons pas pessimistes en dépit de tout et regardons le verre à moitié plein au lieu de le voir trop vide. Et comme a dit monseigneur Patrick Aris lundi matin sur une radio de la capitale, gageons que le raté de samedi n’est qu’un raté et que le dialogue interhaïtien n'est pas mort car l'exécutif et le Parlement vont poursuivre les pourparlers. Espérons même comme le prélat que «le dialogue est solide, il n'y a pas rupture, il y a simplement non conclusion à une date prématurée. « Mango a poko byen mi », a dit monseigneur Aris. An n tan n.