Un Boeing 777-200ER de la Malaysia Airlines est porté disparu depuis samedi avec 239 personnes à son bord. L’avion, parti de Kuala Lumpur, devait atterrir à Pékin. Aucune trace de l’appareil n’a été repérée au moment où s’écrivent ces lignes. Le monde entier suppute toute sorte d’explications. Le moins que l’on puisse dire, toute la chaîne de l’industrie aéronautique (en passant par les compagnies d’assurance, les bourses et les investisseurs) est attentive au dénouement de ce drame. Chaque accident d’avion nous rappelle comment le transport aérien est sensible - même si c'est l’un des modes les plus sûrs au regard des statistiques - à ce genre d’incident grave. Ce qu’il faut retenir de l’affaire de cet avion perdu, c’est qu’il ne faut pas perdre le nord en considérations même si cela amuse la galerie. Il faut rester ra-tio-nnel, rationnel. Peut-on l’être ou doit-on l’être aussi en Haïti quand de troublants événements agrémentent la rubrique « incroyable mais vrai » de l’actualité ? Quelques jours après la publication du dernier rapport du département d’Etat américain sur la situation des droits de l’homme dans le monde, des autorités haïtiennes s’illustrent. Aux Cayes, c’est un député et ses amis qui agressent un policier jusqu’à faire couler son sang. Dans le Sud-Est, c’est un sénateur de la République qui s’enorgueillit d’avoir lui-même frappé, lors d’une réunion politique, un électeur de son département qui le contredisait. Faut-il mettre ces excès sur le compte d’un pétage de plombs en règle ou sur celui de nouvelles manières qui ressemblent fortement à d’anciens défauts ? Faut-il en rire ou rationnellement s’inquiéter ? Dans un autre registre, le coroner canadien, chargé de l'autopsie du juge Jean Serge Joseph, en a rendu publics les résultats. Selon le médecin légiste canadien, Jean Serge Joseph est mort de cause naturelle. Cette annonce va-t-elle mettre fin aux derniers soubresauts de cette affaire qui avait défrayé la chronique en 2013 ? La science va-t-elle se mettre au service de la justice ou le doute va-t-il continuer à triompher ? Les avocats, les défenseurs des droits de l’homme, les parlementaires, les politiciens qui s’étaient emparés de ce dossier vont-ils tirer les leçons de leur légèreté ? Le gouvernement va-t-il se taire et pleurer sur les misères de l’appareil judiciaire et scientifique haïtien qui ne pouvait ni enquêter sereinement ni procéder à l’autopsie ou fanfaronner sur cette « victoire » appuyée par le rapport du médecin légiste canadien ? Partout ailleurs, chaque incident, comme la disparition du Boeing de la Malaysia Airlines fait avancer par exemple la science aéronautique, les mesures de sûreté ou la bonne marche du monde en général. En Haïti, chaque péripétie nous projette un peu plus loin dans les tréfonds d’un marécage sans issue. Faut-il en rire ou rationnellement s’inquiéter ?