A moins d’une semaine de la troisième rencontre bilatérale entre les commissions haïtienne et dominicaine sur les questions d’intérêt entre les deux Etats, le président en exercice de la Communauté des Caraïbes, Ralph Gonsalves, informe que la Caricom ne se fera pas représenter comme observateur au dialogue initié par les deux pays tant que le président dominicain ne fera pas le dépôt du projet de loi sur la nationalité, comme promis, pour résoudre les problèmes posés par l’arrêt du tribunal constitutionnel. En janvier dernier, le président dominicain, Danilo Medina, face à la levée de boucliers qu’avait provoquée l’arrêt TC 163-13, avait laissé croire que son gouvernement déposerait un projet de loi sur la nationalité à l’occasion de la rentrée parlementaire au mois de février afin de trouver une solution aux problèmes dudit arrêt. Après deux mois d’offensive diplomatique de l’administration Martelly, à travers le chancelier Pierre-Richard Casimir en novembre et décembre 2013, nos voisins dominicains sont parvenus à calmer l’ardeur de la mobilisation multilatérale au moyen du dialogue bilatéral. En lieu et place du projet de loi sur la nationalité, à l’occasion de la rentrée parlementaire le 27 février dernier, c’est un discours musclé que le président de la Chambre des députés, Reinaldo Pared Perez, a prononcé à la face du monde en faisant savoir que l’arrêt TC 168-13 est irrévocable. Danilo Medina n’avait pas abondé dans le même sens, dans son allocution de circonstance, il ne s’était pas non plus démarqué de la position du président de la Chambre des députés. En évitant de se prononcer sur ce dossier brûlant de l’actualité, Danilo Medina avait annoncé qu’il ferait le dépôt d’un projet de loi sur la naturalisation devant le Parlement de son pays. Se sentant confortable avec le dialogue bilatéral et sachant qu’il a pris de vitesse la diplomatie haïtienne, le président dominicain va tenter de faire le dépôt d’un projet de loi sur la naturalisation au lieu d’un projet de loi sur la nationalité capable de réparer les torts causés par l’arrêt 168-13. Selon toute vraisemblance, une loi sur la naturalisation n’aura aucun effet sur l’arrêt 168-13. Cette loi va définir les conditions pour acquérir la nationalité dominicaine et ne pourra en aucun cas concerner les Dominicains rendus apatrides à partir de l’arrêt du tribunal constitutionnel dominicain. Tandis qu’une nouvelle loi sur la nationalité votée par le Parlement dominicain peut rendre inopérant, selon l’approche utilisée, l’arrêt 168-13. Donnant le ton cette semaine, en conditionnant sa participation comme observateur, au dépôt du projet de loi sur la nationalité devant le Parlement dominicain, la Caricom ouvre à nouveau la porte d’un nouveau succès à la diplomatie haïtienne face à nos voisins dominicains. Il convient maintenant à la partie haïtienne de trouver le support de l’Union européenne et de l’Organisation des Etats américains qui jouaient le rôle d’observateur afin qu'elles conditionnent leur participation à la troisième rencontre bilatérale au dépôt et au vote de la loi sur la nationalité. Il faut dire que la note du ministre des Affaires étrangères qui dénonçait le 6 mars dernier le non-respect par la République dominicaine des termes du dialogue s’apparentait à un message clair. Au moment où la République dominicaine bat la grosse caisse sur la troisième rencontre à Jacmel le 20 mars prochain, le gouvernement haïtien garde encore le silence. Avec cette nouvelle donne, la diplomatie haïtienne ne peut-elle pas reprendre du poil de la bête ? Lemoine Bonneau lbonneau@lenouvelliste.com