« La réforme foncière en Haïti : organisation et méthode » est le thème d’un colloque qui s’ouvre ce 20 mars sous le haut patronage du président de la République, du premier ministre et du ministre de la Justice et de la Sécurité publique. Le Comité interministériel d’aménagement du territoire ne pouvait pas mieux choisir les parrains de sa réunion.
De gros chefs, sous les yeux des bailleurs et amis d’Haïti, vont parler de la tenure de la terre.
Depuis le temps de la colonie en passant aux premières années de la République d’Haïti jusqu’à nos jours, les affaires terriennes sont de grosses affaires. Qui est propriétaire ? qui est fermier ? qui est locataire ? qui est de-moitié ? qui est voleur ? qui est rapace ? ont toujours été d’épineuses questions dans ce pays où nous sommes tous arrivés avec nos deux plates mains.
L’ascenseur social passe par la possession de la terre en Haïti. Tout un chacun veut son lopin pour pratiquer le grappillage, l’agriculture de subsistance ou pour spéculer. Pas un chef qui ne rêve de devenir grand propriétaire terrien depuis les premiers généraux victorieux de la guerre de l’indépendance.
Cette course sur 27 750 kilomètres carrés et les revers de fortune font tourner la roue et les accapareurs sont toujours à l’affût de terrains mal acquis hier pour les réclamer honteusement demain. Il y a toujours un faussaire en activité et une autorité enceinte d’envie de ravir, d’acheter ou de recevoir en cadeau ce qui appartient à autrui ou à l’Etat.
Ces derniers jours, les rumeurs de ruée vers les terrains de l’Etat proviennent de tous les coins du pays. C’est le « ôte-toi-pour-que-je-m’y-mette », ce sont aussi des délits d’initiés de la part de ceux qui savent où vont passer les réseaux routiers, où seront construits les projets touristiques. Il y a aussi, dit-on, la course entre les puissants pour être celui qui aura les plus beaux emplacements ou le plus de carreaux de terre dans telle commune.
Les nouveaux conquistadors s’en prennent aussi à des fermiers de l’Etat installés depuis des générations sur des terrains jusqu’ici sans valeur. « Les rapaces veulent tout », se plaint un propriétaire inquiet. Il leur arrive même, forts de la force de leurs armes, de prendre le contrôle de terrains privés sans autre forme de procès.
Le Comité interministériel d’aménagement du territoire va-t-il avoir les mains libres pour entrer dans tous les interstices de l’insécurité foncière ou va-t-il produire rapports et documentations pour bibliothèques en ruine ?
La poussière et le vent ont entendu parler de si belle manière des affaires de la terre en Haïti qu’ils en sont soûlés.
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