En annonçant mercredi, en grande pompe, que le budget des élections législatives et territoriales de cette année s'élèvera à 45 millions de dollars, la directrice du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), Sophie de Caen, veut une fois de plus réaffirmer la suprématie de l’Onu dans l’organisation des prochaines joutes électorales en Haïti. C’est la directrice du Pnud en Haïti qui apprend, aux Haïtiens en général et aux partis politiques en particulier le montant dont le gouvernement haïtien dispose pour le financement des élections haïtiennes. Traditionnellement, c’est le trésorier de l’institution électorale ou le président qui rend public le budget prévisionnel pour l’organisation des élections. Il demeure entendu que le Pnud, depuis les élections de 2006, s’était donné pour tâche la collecte des fonds auprès des bailleurs internationaux.
Dans les débats aussi bien que sur les antennes des médias électroniques, différents secteurs de la vie nationale avaient soulevé l’impérieuse nécessité pour que ces élections soient le début du processus de rapatriement de notre souveraineté. L’initiative prise par Sophie de Caen, sans doute en accord avec le gouvernement Lamothe et le Collège transitoire du Conseil électoral permanent, peut être considérée comme un nouveau signal de contrôle du pays par les Nations unies. Comment le CTCEP, ayant entre autres comme membres Léopold Berlanger, de l’Initiative de la société civile depuis plusieurs années, et Néhémy Joseph, défenseur de la veuve et de l’orphelin, peut-il accepter la domination du Pnud sur le processus électoral ?
Tout porte à croire que les diplomates étrangers en poste à Port-au-Prince vont à nouveau reprendre le contrôle du Centre de tabulation et que la Minustah pourra jouer pleinement son rôle dans le transport des bulletins, procès-verbaux et autres matériels des bureaux de vote comme en 2010 et en 2011.
Alors que des voix se sont élevées depuis quelque temps pour que l’institution électorale utilise les ressources humaines de l’Université d’Etat d’Haïti afin de diminuer les coûts de l’organisation des élections, alors que des étudiants de différentes facultés se disent prêts à donner leur participation citoyenne lors des prochaines joutes de cette année et, du même coût, mettre fin au financement étranger dans l’organisation des élections, ce CTCEP, qui attend d’être renouvelé d’un tiers de ses membres, préfère jouer la carte de l’international en acceptant de ne pas remplir sa mission comme institution indépendante. En raison du financement des opérations électorales avec les fonds de la communauté internationale, l’institution électorale redevient sous tutelle.
Pourquoi les partis politiques se sont-ils enfermés dans le mutisme face à la percée de la directrice du Pnud en Haïti dans une affaire haïtienne ? Léopold Berlanger, Emmanuel Ménard et Néhémy Joseph, en acceptant que l’Onu prenne le contrôle des élections, ne contribuent-ils pas à affaiblir davantage l’institution qu’ils se devaient de renforcer ?
Lemoine Bonneau
lbonneau@lenouvelliste.com
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