L’origine de la croix est très ancienne et elle remonte bien avant la venue du Christ sur terre. Elle a été utilisée dès l’Antiquité aussi bien par les juifs que par les païens. Les Romains l’ont également utilisée à grande échelle pour châtier les criminels, les esclaves, les voleurs … Attachées à la croix par des cordes ou les mains clouées, les victimes ont été exposées avec le motif du châtiment. Elles rendaient l‘âme, par asphyxie, après plusieurs heures d’agonie. Elles étaient, par ainsi, l’objet d’insultes et de sévices de tous ceux qui passaient. La croix a été un sujet de raillerie, de honte et d’opprobre. Elle constituait le supplice le plus cruel et le plus inhumain.
La crucifixion, loin d’être une manière quelconque de mourir parmi d’autres, constituait une pratique bien connue qui remonte à une époque antique lointaine et qui avait toujours eu une connotation fortement péjorative. Si l’on en croit les recherches d’Hengel, on peut affirmer qu’elle est d’origine perse. Cependant, la période antique attribuait l’usage de cette forme d’exécution aux peuples barbares en général, mais spécialement aux Indiens, aux Assyriens et aux Scythes.
Quand les conquistadors espagnols envahirent les Amériques, ils furent surpris de découvrir des croix à usage religieux dans de nombreux endroits. C’est cette sacralité du symbole de la croix qui explique que les Amérindiens ne se défendaient pas lorsqu’ils virent arriver les Espagnols qui brandissaient des croix pour prendre possession de ces nouveaux territoires au nom du Christ.
La crucifixion, quant à sa forme, variait considérablement, mais demeurait un châtiment au cours duquel la victime était à la disposition des bourreaux capricieux qui se défoulaient sur leur proie de manière effrénée, sous la dictée de leurs caprices et de leur sadisme.
La crucifixion d’un condamné était précédée de toutes sortes de tortures. Elles étaient courantes chez les Carthaginois ainsi que chez les Romains où le condamné était l’objet au moins de flagellation avant d’être crucifié. Pour les Romains, la mort sur la croix était entendue comme le supplice suprême.
A la suite de son jugement et de sa condamnation à mort par le tribunal présidé par Ponce Pilate, Jésus, à l’instar de tout bourreau, de tout criminel, a été attaché à la croix. Par sa crucifixion, la croix qui était considérée comme sujet de moquerie est devenue le signe de l’amour du Christ vécu pour les hommes jusqu’au bout. Signe indissociable de sa résurrection, la croix s’est progressivement installée dans notre culture comme le symbole de la foi. Elle est perçue également comme le signe du passage de la mort à la vie.
Dans la chrétienté, la croix est un icône de supplice mais aussi d’une résurrection et d’une victoire sur la mort. Les chrétiens ont commencé à l’utiliser comme symbole de leur croyance en Dieu. A la proclamation de l’Évangile, ceux qui entendent le message et reçoivent le Christ comme Sauveur viennent à Lui par la foi, par le moyen de la croix. Ainsi, les catholiques professent une vénération à la croix et elle est constamment à leur portée pour manifester leur amour à celui qui a pris sur lui-même toutes nos fautes, tous nos péchés.
La croix est le symbole du christianisme et de la foi chrétienne. Au temps de Jésus, elle était un moyen d’exécution cruelle qu’utilisaient les Romains. Cette exécution, qui se faisait en public, permettait de tuer, d’humilier les opposants de l’État, non Romains, afin de décourager, de tuer dans l’œuf toute tentative de sédition, de rébellion ou tout autre crime grave. La croix constituait, de ce fait, la pire humiliation que pouvait subir un être humain.
Selon l’apôtre Paul, la croix est un scandale pour les juifs et une folie pour les païens, mais puissance de Dieu et sagesse de Dieu pour ceux qui sont appelés tant juifs que grecs (1 Cor 1 : 23-24).
La croix représente l’œuvre de rédemption divine que la mort de Jésus a accomplie sur elle. Elle est aussi l’expression de l’amour de Dieu. Et cet amour consiste non point en ce que nous avons aimé Dieu, mais en ce qu’il nous a aimés et a envoyé son Fils comme victime expiatoire pour nos péchés (1 Jn 4 :10).
Les Évangiles sont les seuls documents canoniques qui nous permettent de connaître les circonstances de la mort de Jésus de Nazareth. Selon ce que rapporte l’Évangile de Marc, Jésus est mort en dehors des murailles de Jérusalem, en un lieu appelé calvaire ou Golgotha, c’est-à-dire lieu du crâne. Là, il a été cloué sur une croix et pendu entre deux (2) malfaiteurs que la tradition populaire chrétienne désigne sous le nom de bon et mauvais larrons. Par cette position, le condamné mourait, après plusieurs heures de souffrances atroces et terribles, par asphyxie. Ce genre de mort, ce supplice particulièrement douloureux et humiliant était, dans l’Empire romain, réservé aux esclaves, aux bandits, aux brigands et aux gens de la plèbe, les non-citoyens.
Jésus a été considéré comme un vulgaire bandit. Il a été dépouillé de ses vêtements, il a été ridiculisé, maltraité et flagellé. Non content de lui avoir infligé le traitement le plus inhumain, il a eu le côté transpercé. De l’eau et du sang en sont sortis… Contemplant le mystère de la mort de Jésus en croix, l’apôtre Jean, dans sa première lettre, voit dans l’eau qui jaillit la source de vie, le baptême et dans le sang, l’Eucharistie. Au-dessus de la tête du Christ, cette inscription retenait l’attention de tous les curieux : INRI, ce qui signifie Jesus Nazarenus Rex Iudaeorum (Jésus le Nazaréen roi des Juifs). Si on devait traduire cette phrase en hébreu, cela donnerait « Yeshoua Ha-Nazir WeMelekh Ha-Yehoudim », ce qui correspondrait aux initiales du tétragramme divin « Y.H.W ».
Pour sauver l’homme du péché et de la mort, Jésus a pris sur lui toutes nos fautes. Il a accepté de les prendre et de s’immoler sur la croix. Il nous a fait don de sa vie. Le salaire du péché, c’est la mort, mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle en Jésus-Christ, notre Seigneur (Rom 6:23). Il lui était nécessaire de mourir. De par nous-mêmes, il nous était impossible de nous sauver. Par sa mort, il nous apporte la guérison : « Lui qui, sur le bois, a porté lui-même nos fautes dans son corps, afin que, morts à nos fautes, nous vivions pour la justice ; lui dont la meurtrissure vous a guéris » (1 Pierre 2 :24).
Celui qui place sa confiance en lui n’est pas jugé, ni condamné. L’apôtre Paul dans son adresse aux Romains nous dit : Il n’y a donc plus maintenant de condamnation pour ceux qui sont dans le Christ Jésus (Rom 8 : 1). Grâce à la mort de Jésus sur la croix, le message du salut s’obtient par la foi.
Par sa passion, sa crucifixion nous dévoile sa véritable identité … Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Et en donnant sa vie par amour, Jésus a le pouvoir de la reprendre : « Ma vie, nul ne la prend, c’est moi qui la donne » est le sens profond, le secret, le mystère de sa Résurrection. Car l’amour du Père pour le Fils, c’est l’amour trinitaire qui est vainqueur de la mort du Christ, qui ressuscite le Christ au matin de Pâques.
La mort de Jésus ne peut être comprise si elle est coupée de sa vie. Cette vie est la vie même de Dieu. Non pas une vie qui s’achève dans la mort, mais une vie qui traverse la mort. Jésus n’a pas reculé devant la mort, il l’a affrontée au nom de la vie. Il est la vie.
Alors que les puissances du mal se liguaient contre Jésus dans la scène de la croix, quelle élévation morale dans le crucifié ! Quelle miséricorde envers ses ennemis, quelle dignité sous leurs injures ! Quelle sollicitude envers le brigand repentant ! Quel soin quand il parle à sa mère une dernière fois ! Quel dévouement à la volonté de Dieu !
Jésus a accompli pleinement la volonté de son père, la mission que Dieu lui a donnée. Il va ôter le péché en l’expiant, et entrer dans la mort pour l’annuler. Il est le vainqueur, lui seul, parce qu’il a été seul au combat. Il a accepté le sacrifice de l’Agneau qui avait dit : « Voici je viens pour faire ta volonté. » (Heb 10, 9).
A l’accomplissement du sacrifice, quand Jésus a donné sa vie, le voile du Temple s’est déchiré depuis le haut jusqu’au bas, image de l’accès possible dans le paradis où un brigand est accueilli, le jour même.
Jésus nous invite à le suivre. Il a pris la condition humaine afin de nous tracer la voie. En tant qu’humain, il a connu et vécu toutes les tribulations, mais ce qui n’a pas eu raison sur lui, c’est le péché. Le Seigneur nous invite à avoir le regard tourné vers lui. Les souffrances qui nous paraissent difficiles à porter, il nous invite à les lui remettre : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, je vous soulagerai »(Mat 11 : 28).
Pour suivre Jésus, il nous invite à nous charger de notre croix. Se charger de sa croix ne veut pas dire pour autant de la fabriquer à l’aide de deux (2) morceaux de bois, de les assembler, de nous mettre dessus, etc. Pour le Christ, se charger de sa croix, c’est le mettre au centre de notre vie. Il peut se résumer en ces termes :
- obéir à sa parole ;
- servir son prochain ;
- accepter la souffrance.
Jésus est l’exemple, par excellence. Dans Philippiens 2 : 5-8, il nous est dit : « Ayez en vous les sentiments qui étaient en Jésus-Christ, lequel existait en forme de Dieu, n’a point regardé comme une proie à arracher d’être égal avec Dieu, mais s’est dépouillé lui-même en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes ; et ayant paru comme un simple homme, il s’est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix. »
L’apôtre Paul nous exhorte à avoir en nous les sentiments qui étaient en Jésus. Le Seigneur, par sa parole, nous donne les moyens d’atteindre ces objectifs : Demandez, vous recevrez … Quiconque demande reçoit … (Mat 7 : 7). Tout cela exige de la discipline et de la foi. L’attachement au Christ attire persécution et souffrance. Le chrétien, celui qui veut être disciple du Christ, doit s’identifier à Christ sur la croix et ne pas donner d’occasion à la chair afin de vivre cette nouvelle vie en Christ.
Le chrétien a pour devoir de continuer à prêcher Jésus-Christ crucifié. Car la prédication de la croix est une folie pour ceux qui périssent, mais pour nous qui sommes sauvés, elle est puissance de Dieu (1 Cor 1 :18). L’apôtre Paul de conclure, je n’ai point honte de l’Évangile, elle est une puissance de Dieu (Rom 1 : 16).
Frères ! Regardons donc avec les yeux de la foi, cette croix, où notre sauveur Jésus-Christ a donné sa vie pour notre salut, et servons-le pleinement comme l’ont fait ceux qui nous ont précédés à l’exemple des apôtres.
Prochain article : Le signe de la croix
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