Des anonymes, un avocat en quête de rôle et Madame Saturne Jean-Pierre, préposée à l’ONA de Delmas 17, ont cru bon de porter atteinte à mon honneur et à ma dignité d’être humain sur certaines radios de la capitale. L’année dernière, à pareille époque, leurs affidés devaient m’assassiner au Sénat de la République, lors de l’agression perpétrée sur le directeur général de l’ONA, Monsieur Bernard DEGRAFF et d’autres cadres de l’Office au sein même du Corps qu’on devait qualifier de Grand. D’où mon absence, ce jour-là. Cette année, sachant que je suis malade, luttant contre un cancer, ils ont voulu accentuer mes souffrances, faire pleurer ma famille. En montrant aux jeunes du courant politique auxquels ils appartiennent comment torturer les malades à distance. Ainsi, plus tard, peut-être, ils sauront tirer sur les ambulances, si besoin est. Pour cette besogne inqualifiable, ils ont requis les bons offices d’une personne dont la « beauté », les « vertus morales » sont telles que pour avoir ses services à des fins sexuelles je devais la « harceler », de mon bureau situé à Pétion-Ville. Le propos de cette lettre n’est pas d’alimenter un quelconque débat, ni une tentative de défense. Même les débutants en communication savent qu’il est inutile de répondre à l’outrance. Elle tombe vite dans l’insignifiance. Elle veut simplement dire qu’en ce quatrième dimanche du Carême, j’accepte avec sérénité les souffrances qui sont infligées à moi et ma famille. Je saurai trouver les mots pour consoler mes proches. Le mal qui fait souffrir durant le Carême est une forme d’invitation à partager la flagellation endurée par le Christ. Cela donne la force de pardonner avec la certitude que la glorification passe par le creuset des douleurs. J’offre donc mes souffrances, mes douleurs à ceux qui tirent du plaisir ou qui ont choisi de prendre partie aux mensonges qui détruisent. Mais le ciel ne m’en voudra point si je dis que la logique élémentaire veut qu’on harcèle les femmes qui savent résister aux avances, pas celles qui font des avances en offrant leur nudité comme appât de séduction à « toutes » les catégories du personnel d’une Institution… Même si Madame S. JEAN-PIERRE s’est abritée derrière les armes capables de faire céder un magistrat en plein parquet, il ne faut pas qu’elle croie que ces engins de mort suffisent à effacer toutes les traces de ses frasques à l’ONA. En clair, les « témoins » sont trop nombreux. On ne pourra pas tous leur faire peur ni les assassiner. Ils ne seront pas tous prêts, je le crois, à vendre leur âme pour les besoins de la politique. Je veux dire aux calomniateurs armés qui tentent de salir ma réputation, dans ma famille, on a l’habitude de subir dans la solitude, en l’absence de toute solidarité à laquelle on pourrait s’attendre, les attaques malveillantes du lumpenprolétariat en tenue d’hommes politiques, jouissant de l’impunité. On en a vu d’autres. Cette triste période de notre « démocratie » qui cherche ses marques invite malencontreusement les valeurs restantes de ce pays à se mettre à côté aux fins de laisser toute la place à une médiocratie tonitruante. Cela me rappelle une autre période durant laquelle une grande dépression morale[1] avait atteint tout le peuple haïtien. C’était en 1963 à Jacmel. Ma mère et moi nous étions seuls dans notre maison. Pas une visite. Les amis avaient fui notre demeure. Ils avaient peur de ce « député » et de ses sbires qui avaient expédié mon père à Fort-Dimanche. Et comme pour accentuer notre douleur protéiforme, la nuit, un « rara » (le précurseur de certaines radios d’aujourd’hui)[2], était requis pour nous enlever le sommeil. Cette bande devait faire halte au domicile de toutes les familles des « kamoken » de la ville en prison. Pour la circonstance, elle lançait un chant qui est resté gravé dans toutes les fibres de mon être. Les larmes de ma mère, comme aujourd’hui, devenaient intarissables. J’essayais de la consoler en empruntant un faux air de grand garçon stoïque. Même si mes petites mains tremblaient dans la sienne au passage de ce « rara ». Avec le recul, j’ai compris que ce chant traduit l’aigrissement, la haine, les frustrations d’une cohorte d’individus dans la société qui ont des comptes à régler avec leur propre histoire, leur propre enfance. Que le lecteur veuille bien me pardonner. Ce chant est vulgaire. Mais par devoir de mémoire, je profite de cet espace pour le partager avec les nombreuses personnes qui souffrent en silence des effets de la décomposition accélérée de notre société : « Li pa mande prete ewa ewa / li pa mande prete. Divalye fè eleksyon li, li pa mande boujwa yo prete. Se wè ya wè lap pase, woy/ arete boujwa / mennen boujwa Fò Dimanch / kaka boujwa fè djondjon / Divalye pa manje djondjon sa yo / Pawòl nan bèk yo se dife ». Ce qui est commun à tous ces moments tristes de notre histoire, c’est que fort souvent, le bourreau le plus cruel à l’égard des offensés sort du lot des gens à qui les victimes ont fait du bien. Madame Saturne JEAN-PIERRE, j’en suis sûr, se rappellera devant le tribunal de sa conscience tous les mots laudateurs et de remerciements qu’elle m’a adressés quand, après près de dix ans à l’ONA, elle a eu sa première promotion à la suite de l’intervention qui me fut adressée par son supérieur hiérarchique, Mme LOUIS. Même si aujourd’hui elle fait pleurer ma famille, je n’ai pas regretté, comme elle a eu à le dire « d’avoir été juste et équitable en lui permettant de subvenir aux besoins de son enfant ». Madame JEAN-PIERRE, merci pour cet heureux mécompte qui m’a permis de comprendre un peu mieux un échantillon des habitants de ce pays. Merci pour cet heureux mécompte qui me permettra de vivre ma Pâque au sein de la lumière de la résurrection subséquente aux douleurs et aux saintes plaies de la semaine au cours de laquelle Judas joua pleinement son rôle.