Le sénateur Steven Y. Benoît n’en finit pas de recevoir des claques. A bras raccourcis, on lui est tombé dessus depuis la signature de l’Accord d’ El Rancho. Pris dans un tourbillon de critiques, le sénateur s’est empêtré, englué, enlisé dans une défense qui ne correspond pas à l’image d’homme de dossier qu’il a projetée depuis des années. Dire qu’il n’a pas lu l’article 12 avant de signer a été léger. Insinuer que le cardinal Langlois et l’équipe de la médiation l’ont induit en erreur constitue en soi une erreur grave. Seul contre tous, Steven Benoît, avec sa thèse, n’a pas résisté au coup de boutoir de la vérité. Entre les excuses publiques au peuple haïtien et sa démission comme secrétaire au bureau du Sénat, la cote de popularité du sénateur en a pris un sacré coup. Steven Benoît, du jour au lendemain, s’est retrouvé sur le gril. Lui, au début, qui s’est mouillé en promouvant le dialogue pour résoudre les problèmes politiques. Lui qui, chemin faisant, a exposé son flanc à la foudre de l’aile dure de l’opposition. Celle partagée entre les pro-«voye Martelly ale » et ceux, plus consensuels, favorables à un gouvernement de consensus, sans Laurent Lamothe, capable de rassurer et de garantir la tenue d’élections honnêtes fin 2014. Sur un ton alternant cynisme et ironie, quelques politiques estiment que la signature de l’accord a été le cadeau de réconciliation de Steven Benoit à Martelly. Steven Benoît, le tribun, ex-propriétaire de boîte de nuit, qui avait, avant le coup de froid des dernières années, une amitié avec Sweet Micky, penserait déjà aux relations à rabibocher avant la fin de son mandat de six ans. Le Steven Benoît que l’on flambe aujourd’hui est pourtant l’un des rares parlementaires à avoir bien fait son travail au cours de ses années au Parlement. A la Chambre des députés où il s’est illustré, le représentant de la circonscription de Pétion-Ville était au-dessus du lot. Pas uniquement en termes de présence au Bicentenaire. Il est le père de la loi sur le salaire minimum. Une loi qui a allongé la liste de ses électeurs. Celle de ses ennemis dans le secteur des affaires aussi. Enquiquineur, pitbull, Steven Benoît a toujours été le premier à monter au créneau pour dénoncer les dépenses irrationnelles dans le cadre du programme PetroCaribe. Cet empêcheur de tourner en rond, à la Chambre basse et au Sénat, n’a jamais voté aucune loi de finances qui consacre le sous-développement, l’exclusion, la mise à l'écart d’une majorité de la population. « Bon gars », parlementaire assidu pour certains, traître, individualiste, opportuniste pour d’autres, Steven Benoît ne laisse pas indifférent. Il s’est accumulé partout suffisamment d’ennemis qui sont heureux de lui donner l’extrême-onction. En revanche, au regard du paysage politique peuplé de plus de démons que d’anges, de son bilan, Steven Benoît, bien qu’il ait déçu, mérite une seconde chance, estiment certains. « Oui, il faut sauver le soldat Steven Benoît, l’aider à remonter la pente », ajoutent-ils.