En ajoutant dix nouveaux membres au sein du gouvernement lors du récent remaniement du cabinet ministériel, Michel Martelly et Laurent Lamothe ont fait un choix électoral en lieu et place de l’austérité budgétaire. C’est la première fois dans l’histoire du pays qu’on enregistre un nombre aussi élevé de membres (43) dans un cabinet ministériel. A six mois de la fin de l’année fiscale où les recettes de l’Etat représentent traditionnellement moins de 40 % des prévisions budgétaires du deuxième semestre, le gouvernement préfère créer plus d’emplois au niveau de l’Etat au lieu de diminuer les dépenses pour réduire le déficit budgétaire. Les partis politiques proches du pouvoir, créés pendant les six derniers mois ainsi que des sympathisants de l’équipe gouvernementale ont pu trouver une place au sein du cabinet ministeriel - qui passe de 33 à 43 membres - pour prendre fait et cause pour Michel Martelly à l’occasion des prochaines compétitions électorales. Ce nouveau remaniement ministériel, la prestation de serment et l’installation des membres de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSCCA), le processus de vote de l’amendement de la loi électorale au niveau du Parlement vont permettre au chef de l’Etat de se refaire une santé après plusieurs mois de turbulences politiques et de contestations contre l’équipe au pouvoir. En dépit de ses limitations, cet accord est de nature à créer un climat pouvant faciliter l’organisation des prochaines compétitions électorales si le Conseil électoral provisoire parvient à rassurer les acteurs politiques, au moyen de signaux concrets, de sa volonté d’organiser les prochains scrutins en toute indépendance. Une action concertée des forces politiques anti-Martelly est improbable dans la mesure où Fanmi Lavalas, Mopod et les autres partis politiques hostiles à l’équipe dirigeante ne partagent pas les mêmes finalités quant à la conquête du pouvoir. Les autorités haïtiennes peuvent encore profiter de l’incapacité de l’opposition à se mobiliser pour rendre le climat politique de plus en plus serein afin de continuer d’assumer leurs responsabilités en matière de politiques publiques conformément aux objectifs du gouvernement. Des manifestations anti-gouvernementales de grande envergure pourront se tenir si et seulement si l’administration Martelly-Lamothe se laisse entraîner dans des scandales susceptibles de nuire à la bonne marche des institutions. Toutefois, des conflits stériles avec le Parlement pendant ces quatre dernières semaines avant la clôture de la première session annuelle de cette législature constituent l’obstacle majeur qui pourrait conduire l’administration Martelly-Lamothe vers une nouvelle crise politique. Le processus électoral va-t-il faire son chemin ?. Lemoine Bonneau lbonneau@lenouvelliste.com