La commission de suivi de l’Accord d’El Rancho s’est réduite. Personne ne dira comme une peau de chagrin. Il n’y a pas de chagrin, pas de regrets. Ni dans les yeux, ni dans les propos des trois commissaires devenus ministres du gouvernement d’ouverture pour certains, de copains de Martelly et de Lamothe pour d’autres. Même si Laurent Lamothe s'insurge, conteste qu'il ait "des amis" dans le gouvernement, la perception demeure. Elle colle.Des fois, elle vaut le fait. Entre-temps, dans la fumée acre des critiques contre cette structure, l’un de ses membres de cette commission, Irvelt Chéry, tire la sonnette d’alarme. Les autres pouvoirs qui devaient désigner de nouveaux membres ou confirmer ceux qui étaient déjà au CT-CEP dans le CEP (provisoire) traînent les pieds. Pour plusieurs raisons. Au Parlement, le groupe des six sénateurs placent la barre très haut. Pour eux, il n'y a pas de CT-CEP. Pour eux, il faut monter le nouveau CEP provisoire selon l'esprit de l'article 289 de la constitution avec des représentants de forces vives de la nation. Ces sénateurs, d’irascibles opposants à Martelly, ne se bousculeront pas pour amender la loi électorale et donner le sauf-conduit politique à l’Accord d’El Rancho qu’ils ont combattu. Leurs arguments ne manquent pas, eux qui iront peut-être aux élections, eux dont le mandat s’achève en janvier 2015, un an avant celui de Michel Martelly à la présidence d’Haïti. C'est l'impasse. Le président du sénat, Desra Simon Dieuseul l'a dit. En face, l’Exécutif affirme avoir fait ce que l’accord exigeait. Il se croise les bras,attendant que cela bouge au Bicentenaire. Dans ce nouveaux bras de fer,le groupe des six, pour une partie de l’opinion, joue le mauvais rôle. Ces sénateurs offriraient des prétextes au président Martelly pour ne pas organiser les joutes en 2014. Pour une autre frange et quelques hommes politiques, la présidence s’est conformée aux exigences de la Constitution en publiant la liste des juges de la CSC/CA. Elle s’en est bien tirée avec un remaniement qui n’aura pas changé la donne, réduit les animosités. On revient dans le petit jeu « j’ai raison, il a tort ». La gouvernance de l’Etat n’a pas changé de cap. Dans la foulée, on mesure mieux les limites du dialogue politique. On étouffe quelques regrets. Et on se pose la question : Du train où vont les choses, les élections se tiendront-elles cette année ? Officiellement, la patronne de la Minustah, d’autres représentants de la communauté internationale veulent de ces élections en 2014. Ils pressent et poussent en ce sens. D’un autre côté, il est évident que les problèmes, hier contournés, prennent tout le monde à la gorge. Le cardinal Chibly Langlois et la Conférence épiscopale ont, en ce sens, du pain sur la planche. Cette fois, avec les vrais protagonistes, ils sont condamnés à faire mieux que la dernière fois. L'espoir chevillé au corps, il faudra finalement que la médiatrice fasse de son mieux pour que se tienne le dialogue interinstitutionnel. Après tout, n’avait-on pas dit que le dialogue serait permanent ? Ici où les « jusqu’au-boutistes » sont dans tous les camps, inutile de faire l’inventaire de nos problèmes, des projections sur le futur qui ne sera pas rose même si certains tentent de s’en persuader. Avant que les pneus de nos divergences ne s’enflamment, l’homme en rouge est rappelé sur le front. Le cardinal, pompier sur les bords, devra faire mieux que la dernière fois…