Pour se faire la religion qu’une rumeur n’a aucun fondement, il faut lui prêter une oreille attentive, la sonder, l’ausculter, peser le pour et le contre et enfin chercher la fumée qui a laissé croire qu’un feu couvait. Cet exercice est éprouvant pour un journaliste. Pas dans le processus de recherche de la vérité, c’est la source de notre travail, mais par le nombre de fausses pistes à écarter. Cela vous épuise. Prenez les déclarations de Woodly Roodly Éthéart, alias Sonson Lafamilia. Recherché par la police et la justice haïtienne, accusé de faire partie d’un puissant gang, voilà que, dans une interview, il se dit victime collatéral de l’affrontement entre deux « Grantorian »: la présidence et la primature. Qu’est-ce qui est vrai dans cette assertion ? Qui se cache derrière la dénomination présidence ? Que recouvre le terme primature ? Dans les hiéroglyphes de la politique haïtienne, il en a pour des heures de décodage. A peine qu’on essaie de s’y mettre, voilà que l’on apprend que le sénateur Moïse Jean-Charles, revenant de Miragoâne, est immobilisé dans un poste de police non loin de Gressier. Un sénateur en garde à vue ? Qui oserait après les épisodes passés ? Qu’a donc fait le sénateur ? Le boute-en-train de la bande des six irréductibles s’est-il laissé prendre dans un traquenard ? Mille questions. Pas le temps d’attendre les réponses que l’on apprend que le Sénat, qui était en séance, a décidé de suspendre sa session pour faire chercher Moïse et le sauver de la Police nationale d’Haïti. Le Sénat, dans son ordre du jour de ce jeudi, devait voter l’amendement de la loi électorale. S’enlever du pied l’épine qui le fragilise face au président Michel Martelly.L'affaire Moïse a tué la séance. Qui a planifié le coup contre Moïse ? Qui a fait avorter le vote de l’amendement de la loi électorale ? Qui ne souhaite pas que l’apaisement s’étale dans les relations entre les pouvoirs ? A-t-on donné trop de relief à un simple incident ? Questions sans réponse. Ce matin, déjà, l’installation des membres du Conseil électoral provisoire a dû être reportée. Tous n’auraient pas été présents si l’exécutif avait tenté de forcer le jeu. Cela aurait été un immense camouflet après la très virile adresse à la nation du chef de l’État de lundi. Ah! mais cela nous fait remarquer que la communauté internationale, celle qui porte à bout de bras la revendication de tenir les élections au plus vite, n’a pipé mot après la césarienne présidentielle ayant donné naissance au CEP dernière version. Est-ce la présence de Fritzo Canton, l’avocat de Jean-Claude Duvallier, qui ne passe pas ? Est-ce l’utilisation des forceps qui rebutent ? Est-ce ces signes de gros temps s’amoncelant à l’horizon qui inquiètent nos amis les Blancs? Depuis 1987 que nous tenons, plus souvent mal que bien, des élections dans ce pays, la communauté internationale a toujours appuyé le processus, avec ses conseils, ses avis, son argent, ses méthodes et, des fois, ses résultats. Tous les gouvernements se sont toujours fourvoyés sur ce qui intéresse, au premier chef, nos amis les Blancs. Leur principale preoccupation, ce n’est pas qui gagne ou qui perd les élections. Les parlementaires et les présidents haïtiens se suivent et se ressemblent. Ce qui tient la première place dans l’agenda de nos tuteurs, c’est la manière dont nous réalisons lesdites élections. Et pour que les élections soient acceptables, c’est au gouvernement de tout faire, des fois de se sacrifier, pour arriver à ce miracle. Ce n’est pas une rumeur, c’est l’histoire. Quant à ce tremblement de terre attendu et annoncé pour ce jeudi qui a tant fait jaser, ce n'est qu'une rumeur. Une grosse. Pour la rendre crédible, on a dit que c'est une nouvelle qui vient de chez les Blancs. Ne croyez pas toutes les rumeurs attrape-tout.