Sur quoi va déboucher la transition ou l’expérience Tèt kale ? Sommes-nous arrivés à une autre impasse ? Question sur question, mais questions qui n’ont pas une simple importance journalistique, car on continue de tourner en rond, bien que le retour au passé est quasiment impossible.
Il est bon de souligner à juste titre un phénomène frappant qui traduit l’évolution d’un pays – le nôtre, notre Haïti chérie – en situation de dépendance qui a perdu sa souveraineté, même en matière électorale : la communauté internationale est intervenue manifestement lors des deux dernières élections présidentielles (2006 et 2011) pour fixer les résultats. C’est évidemment en tout premier lieu la résultante de la faillite des institutions publiques et de la prédominance du pouvoir personnel, en lieu et place d’un leadership collectif moderne et d’une véritable vision commune de développement économique.
Imputables au processus de stabilisation, les pressions internationales pour l’organisation des élections du 26 octobre prochain ont suscité dans la classe politique une levée de boucliers, comme si c’était un fait nouveau, comme si la tutelle onusienne n’existait pas. A cet égard, le problème de l’immixtion étrangère – des ambassades – est mal abordé, mêlant les retards accumulés dans l’exécution des échéances électorales par les présidents Préval et Martelly, le blocage de la votation de la loi électorale amendée au Sénat et la fréquence des élections comme «source d’instabilité».
Il ne s’agit pas d’une indignation aveugle. Il faut voir quelles seront les conséquences – pour Haïti – de la non-tenue des élections (inclusives ou litigieuses ?) cette année. Est-ce que Michel Martelly finira alors par gouverner par décret ou va-t-il, comme semble le vouloir la communauté internationale, d’après certains sénateurs de l’opposition, mettre en place une Assemblée constituante pour procéder à l’élaboration d’une nouvelle Constitution ? Ou bien assistera-t-on à son départ forcé afin de déboucher sur des élections générales anticipées? Ou de préférence avec lui ? Tous ces scénarios – les uns plus périlleux que les autres – sont possibles, mais un seul prendra corps, quoi qu’on dise. Notre incapacité à gérer en toute autonomie le pays avec ses nombreux problèmes politiques, économiques, séculaires - justement sans ingérence étrangère – est manifeste. Même pour la communauté internationale – qui a souvent erré et failli (comme nous) -, il est souvent difficile de créer des espaces de dialogue et de lucidité, que ce soit au niveau gouvernemental ou au sein de l’opposition. Quiconque aspire à diriger doit le savoir.
Eu égard au processus houleux de la formation du Conseil électoral provisoire, en lieu et place du CTCEP, il nous est difficile de prévoir des élections pour cette année, encore moins sans «complications», en l’absence de handicaps et d’entraves inhérents aux conditions d’organisation non éclaircies. La méfiance et les passions s’accroissent du fait de la polarisation de plus en plus orageuse de la vie politique. En dressant le bilan des précédentes élections – contestées et frauduleuses -, avec la bénédiction de la communauté internationale, on est bien obligé de constater leurs conséquences dévastatrices sur le pays. C’est précisément de ces élections dont dépendait essentiellement et dépend encore le développement économique national.
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.