Sur fond de controverses provoquées par une crise préélectorale, les partisans et les adversaires de l’administration au pouvoir se retrouvent à couteaux tirés à l’occasion de la célébration du troisième anniversaire de prestation de serment du président Michel Martelly. Si d’un côté le porte-parole de la présidence se targue d'énumérer point par point l’ensemble des réalisations des autorités établies, l’opposition n’a pas tardé à exprimer sa déception de la gestion des affaires de l’Etat sous la conduite de l’ancien chanteur. Les interventions musclées des deux camps dans les médias électroniques avant la date fatidique du 14 mai ne constituent pas un fait nouveau dans les rapports politiques entre les groupes sociaux et politiques de notre chère Haïti. A la fin du mandat d’un président, à l’occasion des élections législatives, toute l’histoire politique du pays est jalonnée de passions, d’émotions, de tentations et de déraison de nos hommes politiques au pouvoir et dans l’opposition.
Une dizaine de complexes sportifs construits dans les dix départements du pays pendant trois ans et un centre national olympique haïtien en construction représentent les réalisations des autorités constituées dans ce domaine. Des hôpitaux et centres de santé construits par l’équipe au pouvoir vont sans nul doute contribuer à renforcer le système sanitaire incapable de répondre aux besoins d’une population sans cesse grandissante. Si le Programme de scolarisation universelle gratuite et obligatoire (PSUGO), initié par le président Michel Martelly, n’a pas comblé les attentes des couches les plus défavorisées, faute d’expertise, il n’est pas non plus un échec. Nonobstant l’ancien président René Préval, qui s’était donné corps et âme dans la construction de routes, l’administration Martelly peut se vanter d’avoir construit et réhabilité autant de km de routes. Ces infrastructures durables mises en place par le pouvoir « Tèt Kale » pendant ces trois dernières années peuvent être considérées comme le point fort du bilan des réalisations de cette administration arrivée au pouvoir après une catastrophe aussi grave que le tremblement de terre du 12 janvier 2010 et une épidémie de choléra dix mois plus tard.
La faiblesse de l’administration Martelly réside dans l’incapacité de créer des richesses. Pendant ces trois ans au pouvoir, aucune initiative d’envergure n’a été initiée pour rendre le secteur agricole productif. L’agro-industrie a été totalement ignorée par les autorités au pouvoir, de même que l’industrie et la technologie. A l’instar des autres chefs du gouvernement qui se sont succédé, le Premier ministre Lamothe n’a pu définir aucune politique économique. Le chemin qui mène à la croissance a été coupé par les autorités elles-mêmes. Pas de politique économique, pas de production, pas de croissance. En raison de ce manquement, Michel Martelly ne parviendra pas à faire sortir Haïti du lot des pays les moins avancés de la planète. Avec environ 1 000 dollars US comme produit intérieur brut par habitant, notre pays se rapproche du Nicaragua avec un PIB par habitant de 1 800 dollars US. Tous les autres pays du continent ont atteint plus de 2 000 dollars US. L’épithète de pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental restera encore collé à notre pays tant que nous ne pourrons pas définir une politique économique cohérente qui tient compte de l’évolution du capitalisme mondial et des progrès technologiques à la portée de l’homme moderne.
Quel chef d'Etat pourra s’élever à la dimension de la modernité dont nous avons tant besoin pour une nouvelle Haïti ?
Lemoine Bonneau
lbonneau@lenouvelliste.com
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