Après plusieurs mois de négociations, d’analyses, de réflexions et d’échanges sur les conséquences de l’arrêt 168-13 du tribunal constitutionnel dominicain, le gouvernement Medina a enfin fait le dépôt du projet de loi sur la nationalité jeudi devant le Congrès de son pays. Il a fallu une campagne de sensibilisation des autorités haïtiennes d’une part, de l’ensemble des pays de la Caricom d’autre part pour dénoncer l’arrêt discriminatoire du tribunal constitutionnel et forcer le gouvernement à entendre raison. La saisine du Conseil permanent de l’Organisation des Etats américains par la Caricom a été l’une des premières initiatives majeures qui ont mis le gouvernement dominicain sur la sellette. Le transfert du dossier à la Cour interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) et les interventions répétées des organisations de défense des droits humains en Haïti et dans beaucoup de pays à travers la planète avaient contribué à ternir l’image de la République dominicaine réputée comme l’une des destinations touristiques les plus prisées de la zone. Au fur et à mesure que la campagne de sensibilisation gagnait les médias nord-américains et européens, l’industrie de l’hôtellerie dominicaine exprimait ses inquiétudes sur les répercussions de ladite campagne sur ce pays qui a joui pendant plus de quarante années d’une bonne presse dans les médias les plus puissants de l’Occident. Vingt-quatre heures après le dépôt de cette loi par le ministre de l’Intérieur, la Chambre des députés a donné son approbation sans tergiversation. A l’unanimité, les députés ont accordé un vote favorable à cette loi pour laquelle le bénéfice de l’urgence a été sollicité par le gouvernement Medina. Les sénateurs dominicains devront sans tarder se pencher sur cette loi afin de permettre aux Dominicains dénationalisés de jouir pleinement de leurs droits et privilèges prévus par la Constitution et les lois du pays. A partir de la semaine prochaine, tous les regards seront dirigés vers le Sénat. Les organisations de défense des droits humains observent de près et attendent le vote du Sénat avant de se prononcer sur ce dossier qui a défrayé la chronique pendant près de sept mois. L’administration Martelly observe, sans nul doute, l’évolution du dossier au niveau du Parlement dominicain. En tout cas, après le massacre de 1937, c’est le deuxième affront que la République dominicaine inflige au peuple haïtien. Combien d’hommes et de femmes haïtiens se sentent encore concernés par cet arrêt qui a blessé les fils de Dessalines, de Pétion, de Christophe et de Toussaint dans leur chair, dans leur sang et dans leur âme ? Lemoine Bonneau lbonneau@lenouvelliste.com