« Une vraie et définitive entente a été conclue entre l’opposition et Tèt Kale ; les deux parties renoncent à leurs conditions et acceptent toutes les demandes du camp adverse ; la presse ne donnera plus la parole à aucun des acteurs de la crise, jusqu’à sa résolution finale ». Lequel de ces titres fait la manchette de la presse ? Aucun. Pas une de ces informations n’a fait la une : aucun média n’en a parlé. Pour cause; cela ne s’est pas produit. La partie que jouent le pouvoir Tèt Kale et son opposition multiforme use jusqu’à la dernière extrémité la patience de ceux accrochés aux nouvelles et qui espèrent entendre un scoop. Vendredi, comme les derniers jours passés, l’actualité était dominée par une nouvelle affaire Moïse Jean-Charles. Le sénateur a été bousculé par un policier à l’Arcahaie. Ce nouvel épisode va jeter de l’huile sur le feu mourant de ce week-end d’avant coupe du monde. Toujours vendredi, l’Association des industries d’Haïti a rejoint la position de la Chambre de commerce et d’industrie. « L’ADIH demeure persuadée que les acteurs politiques arriveront à une solution d’entente, il y va de l’avenir de notre pays et le secteur privé dans son ensemble sollicite que des concessions soient faites pour aboutir au processus électoral cette année », dit une note de l’association. Jeudi, c’est la représentante de la Minustah, Sandra Honoré, qui disait pareil. Avant, des acteurs de la société civile avaient formulé la même demande. Tous prêchent dans le désert. Bien entendu, dans le même temps, le CEP incomplet de Fritzo Canton cherche à vendre son calendrier électoral aux partis politiques. Le Brésil, pour sortir un jour de sa mission de maintien de la paix en Haïti, a signé un Accord de base de coopération technique et scientifique avec Haïti. Cet accord a pour objectifs : d’orienter et d’appuyer la fondation institutionnelle du corps des ingénieurs militaires en Haïti ; d’orienter et d’appuyer la formation de cadres de niveaux supérieur et intermédiaire pour intégrer le corps des ingénieurs militaires en Haïti ; d’orienter et d’appuyer l’achat d’équipements pour le corps des ingénieurs militaires en Haïti. On saura un jour si cet accord, pour restaurer en catimini l’armée dans le paysage haïtien, nous apportera la paix ou nous obligera à accueillir une nouvelle mission de maintien de la paix… Car pendant ce temps, un nouveau rapport de la revue Foreign Policy classe Haïti au 8e rang mondial parmi les failed states, ces Etats faillis qui ont tous les problèmes. Nous sommes sur la liste des dix pires pays au monde en compagnie de la Somalie, de la République démocratique du Congo, du Soudan, du Sud-Soudan, du Tchad, du Yémen, de l’Afghanistan, de la République centreafricaine et du Zimbabwe. Vous direz que nous ne sommes en rien comparables à ces contrées. Que nous ne sommes pas en guerre, et pourtant, les indices analysés sont implacables. Nous sommes incapables de résoudre le moindre de nos problèmes. Perdons du temps sur tous les dossiers. Cela a des conséquences. Faut-il se demander si les élections sont indispensables à notre stabilité ou si nous sommes assez stables pour tenir des élections ? Faut-il croire que la stabilité nous amènera la croissance ou comment être stable avec une croissance économique si faible ? Ces questions, personne ne se les pose parmi nos faiseurs d’actualité. Ils sont si occupés à faire des ronds en zigzaguant. Jusqu'à l’usure finale de notre patience.