« La restauration de la productivité des sols est un sujet très important pour votre pays car Haïti est très exposée à des phénomènes naturels (érosion, disparition des sols) et est devenue une situation particulière de plus en plus difficile à gérer », a affirmé Patrick Nicoloso dans son discours de circonstance prononcé lors de la cérémonie d’ouverture de ce forum.
Cette cérémonie d’ouverture s’est déroulée notamment en présence des experts haïtiens et internationaux, des cadres de la fonction publique sensibles aux questions environnementales et des étudiants en agronomie de l’Université d’Etat d’Haïti et de l’Université Quisqueya. Selon le diplomate français, ce forum entre dans le cadre de l’année internationale de l’agriculture familiale décrétée par le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, Ban Ki-moon, et de la Journée mondiale de l’environnement.
Durant les deux jours de ces assises, les 15 experts haïtiens et internationaux vont se plancher sur les expériences environnementales conclues ici et ailleurs afin de vulgariser les résultats de leurs travaux de recherche pour raisonner sur le « modèle haïtien ». Lors de la soumission de leurs rapports, Michèle Oriol, secrétaire exécutive du CIAT, souhaite vivement que les experts le fassent sans langue de bois pour permettre aux décideurs d’avancer vers des solutions tangibles pour l’aménagement des bassins versants en Haïti.
« A partir des apports des experts […], essayer de dégager les grandes lignes … d’une politique nationale des bassins versants qui serait partagée par les institutions de l’administration haïtienne et, dans un second temps, avec les bailleurs de fonds », a avancé Michèle Oriol, qui en a profité pour faire l’historique de l’érosion qui est un sujet préoccupant depuis la période coloniale. Selon ses dires, l’érosion et la protection des montagnes est un sujet récurrent de la littérature et du corpus juridiques haïtiens tant au XVIIIe qu’au XIXe siècle.
« A cause de l’érosion en montagne et de l’urbanisation effrénée en plaine, la superficie agricole utile tend à baisser considérablement parce que le sol comme capital naturel qui supporte la flore, la faune et la biodiversité est exploité contre sa volonté essentielle », a rappelé le ministre de l’Agriculture, Thomas Jacques, dans un ultime effort pour attirer l’attention de l’assistance sur les risques encourus par la population haïtienne à cause de ses mauvais comportements vis-à-vis de l’environnement.
Pessimiste, Patrick Nicoloso estime qu’Haïti est condamnée à vivre la même catastrophe qui est arrivée à l’Ile de Pâques, à savoir l’effondrement écologique et culturel. Toutefois, le ministre Jacques fonde de grands espoirs sur l’issue de ce forum. « Ce forum constitue ainsi une bonne opportunité pour nous autres acteurs gouvernementaux, partenaires de la société civile de faire un bilan critique des interventions du passé et entamer le processus d’une nouvelle façon d’agir, de nouveaux modèles de gestion spatiale irréversible à l’échelle des bassins versants du pays », a soutenu le titulaire du MARNDR.
Une conférence de presse a fait suite à cette cérémonie d’ouverture. Donnée à l’intention des journalistes, cette conférence avait pour but d’éclairer la lanterne des confrères de la presse sur les tenants et aboutissants de ce forum. L’ambassadeur français a détaillé la coopération de son pays avec Haïti pour la protection de l’environnement et des bassins versants qui, selon lui, date de 1980 et, du même coup, a rassuré l’Etat haïtien quant à la poursuite de cette coopération. Le ministre Thomas Jacques a saisi l’occasion pour réitérer que l’environnement et l’agriculture sont aujourd’hui deux axes prioritaires du programme quinquennal du gouvernement.
La restauration des sols, la question de l’eau, la gestion de la biomasse ainsi que quelques impacts socio-économiques des recherches jusque-là menées sont, entre autres, quelques thématiques qui seront abordées, entre mercredi et jeudi, par les experts au cours des ateliers, tables rondes et conférences qu’ils auront à animer.
A noter que l'organisation de ce forum est une initiative du ministère de l’Agriculture, du ministère de l’Environnement, du ministère des Travaux publics, Transports, Energie et Communication, du Comité interministériel pour l’aménagement du territoire et des Facultés d’agronomie de l’Université d’Etat d’Haïti et de l’Université Quisqueya avec le support, entre autres, de l’ambassade de France en Haïti, de l’Agence française de développement.
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