Les étudiants en sciences de l’éducation et ceux des écoles normales sont maintenant servis. Jocelyne Trouillot leur offre sur un plateau d’argent le manuel «Histoire de l’éducation en Haïti ». Selon les vœux de l’auteur, cet ouvrage a pour vocation de leur fournir des éléments d’information et d’analyse qui leur permettront de saisir les principales caractéristiques de l’histoire de l’éducation haïtienne.
Ce manuel de 212 pages, réparties en 17 chapitres, se laisse feuilleter allègrement. Entre textes de réflexion à la pelle accompagnés de documents de référence, des exercices, des auteurs classiques aguichants …, on ne s’ennuie pas. La section « Qui est Qui ? » présente des personnages historiques importants cités dans les textes. Jean Fouchard, Thomas Madiou, Edner Brutus, Beaubrun Ardouin…, pour ne citer que ceux-là. Et, comme si cela ne suffisait pas, Jocelyne Trouillot régale les lecteurs de deux galeries des ministres de l’Éducation nationale qui se sont succédé durant le XIXe siècle et des différentes Constitutions mentionnant l’éducation.
L’auteure donne un nouveau souffle à l’histoire. Elle s’invente une nouvelle manière de narrer. Un petit clin d’œil au rôle de l’histoire dans la quête d’appréhender les réalités objectives et matérielles quotidiennes. N’en déplaise aux marxistes, bien sûr !
Un vrai périple historique
Le pont entre les hauts faits d’armes de notre histoire tout comme les périodes de tumulte de la vie nationale et leur incidence, heureuse ou malheureuse, sur l’éducation publique haïtienne est définitivement jeté. Tout y est. Tout est dit. Enfin presque. Le périple historique initié par l’auteur embrasse volontiers la période précolombienne, la période coloniale, le XIXe siècle, l’Occupation américaine, …, pour aboutir à l’époque contemporaine.
À la lumière des révélations de l’auteur, l’instruction publique a connu par le passé des moments bien sombres. Même après l’Indépendance. Surtout après l’Indépendance ! Elle n’a pas toujours été la priorité de nos dirigeants. Plus enclins à guerroyer et à s’entretuer pendant une bonne partie du XIXe siècle. Sous Boyer, par exemple, elle connut 25 ans de stagnation.
Toutefois, au gré de maints tâtonnements, il est tout à fait possible de déceler quelques (grandes) étapes de l’histoire de l’éducation publique en Haïti. 1843, année charnière, point de départ, selon l’auteur car la révolution ayant eu lieu cette année-là accouchera la création de la secrétairerie d’Etat à l’Instruction publique. De même que la signature du Concordat le 28 mars 1860. Pour l’auteur, cet événement est synonyme d’un nouveau départ pour l’enseignement public.
Pour ce qui a trait aux grandes figures ayant laissé leurs empreintes sur le système éducatif, Jocelyne Trouillot retient les noms d’Honoré Féry – premier secrétaire de l’Instruction publique, Jean Baptiste Francisque – le premier à concevoir un plan national d’éducation, Elie Dubois – qui le qualifie de pilier, et Joseph C Bernard – célèbre pour la réforme qu’il initia et qui porte son nom d’ailleurs.
Pour finir, Jocelyne Trouillot a relevé quelques-unes des constantes qui, selon elle, ont marqué l’éducation en Haïti durant les premiers temps de notre histoire de peuple. Elles peuvent se résumer ainsi : contradictions entre éducation de masse et éducation élitiste, disparité entre les textes de loi et leur application concrète, opposition entre enseignement religieux et enseignement laïc, influence des curricula étrangers sur les programmes haïtiens, différences dans l’enseignement offert aux uns ou aux autres, selon le sexe.
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