« Je crois que les incitations que le gouvernement est en train de donner à la production sont amplement méritées […] C’est la production qui va développer le pays et non l’importation », soutient avec ferveur Ralph Edmond, pharmacien de formation et licencié en gestion, qui estime qu’il est beaucoup plus facile pour lui de regarder l’avenir maintenant.
L’avenir justement ! En 25 ans, Ralph Edmond, optimiste impénitent, n’a fait que cela. Même les moments sombres et sanglants qu’a connus le pays n’ont pas réussi à lui faire fermer boutique. Au contraire de son associé et cofondateur de Farmatrix, qui, dépité de ce climat délétère d'insécurité a préféré quitter définitivement le pays. Durant l’opération Bagdad (2004-2007), victime d’une fusillade en se rendant à son bureau au bas de Delmas, il a failli mourir.
Ralph Edmond raconte : « Avant ces événements regrettables, nous avions connu deux périodes extrêmement difficiles : en 1994, avec la fermeture complète des frontières avec la République dominicaine, entre juillet et octobre. Nous n’arrivions pas à faire passer le moindre intrant alors que nous venions de consentir des investissements importants, dûs en partie au changement de nos locaux. Et, en 1996, avec l’accident qui était survenu dans le secteur de production pharmaceutique locale. Une fois de plus, nous avions réalisé des investissements importants mais les clients se démarquaient complètement de nos produits. Cette période de ventre mou a duré trois ans. »
Avec beaucoup de sagacité, les Laboratoires Farmatrix ont su sortir de ces périodes nébuleuses. Aujourd’hui, ils embauchent 93 employés, stagiaires compris, répartis dans les cinq divisions de l’entreprise (la division administration et financière, la division d’usine (comprenant le contrôle de qualité, l’assurance de qualité et la production) et le service commercial et marketing).
En se remémorant la genèse de cette aventure, Ralph Edmond ne peut s’empêcher d’éprouver un sentiment de fierté. Sentiment de fierté, d’une part, pour le parcours de Farmatrix et, d’autre part, pour le positionnement de cette entreprise dans le secteur de la production de produits pharmaceutiques sur le marché local.
Avec un investissement de 2000 dollars américains – estimé environ à 10 000 gourdes à l’époque – pour la fabrication de deux produits, plus d’un aurait parié que cette aventure ne ferait pas long feu. Quoique les parents des deux jeunes associés soient déjà dans le secteur. Les parents de l’un avaient plusieurs pharmacies et ceux de l’autre étaient propriétaires d’agences de distribution de produits pharmaceutiques importés. Mais, à force de discipline et de ténacité, Farmatrix a survécu.
Entre 1992 et 1994, période qualifiée d’étape importante par Ralph Edmond, Farmatrix eut accès pour la première fois au crédit bancaire. « Nous avions pu augmenter nos investissements pour pouvoir rentrer dans les produits à usage interne comme les antiacides, antigrippaux et les multivitamines.
Aujourd’hui, nous fabriquons plus d’une soixantaine de produits […] et nous avons non seulement des médicaments mais aussi des produits commerciaux », relate Ralph Edmond.
« Nous mettons beaucoup d’attention dans la présentation de nos produits […], a poursuivi ce dernier. Notre fierté, c’est que nos produits peuvent être vendus partout, sur n’importe quelle étagère de n’importe quelle pharmacie dans n’importe quel pays. »
A ce titre, les Laboratoires Farmatrix travaillent selon les bonnes pratiques de fabrication de l’OMS (Organisation mondiale de la santé). Lesquelles préconisent le respect strict du contrôle de qualité – un ensemble de tests à faire au niveau des intrants et des produits finis – et de l’assurance de qualité – toutes les procédures et tous les procédés à respecter – une documentation à jour ainsi qu’un organigramme avec tous les postes clés à avoir.
En accord avec les principes de l’OMS et du MSPP, le P.D.G. de Farmatrix projette, d’ici les deux ans qui viennent, d’augmenter la gamme de ses produits pharmaceutiques et commerciaux et de conquérir d’autres marchés. Le marché local étant déjà sous contrôle. « Nous produisons des médicaments liquides, ce qui est déjà en soi un avantage, car cela nous permet d’être très compétitif par rapport aux produits importés. Notre deuxième atout est notre système de distribution qui couvre tout le pays », explique Ralph Edmond.
A très court terme, Farmatrix va se lancer dans la production massive de son sirop à base de paracétamol en vue de contrer l’épidémie de chikunguya. A en croire Ralph Edmond, ce sirop, qui se vend très bien et qui est en rupture de stock actuellement, ne connaîtra pas de hausse de prix, en dépit de l’explosion de la demande qu’enregistre ce produit en ce moment. « Pour marquer les 25 ans de Farmatrix, on va avoir chaque mois un produit à prix spécial dans les dépôts et dans les pharmacies », annonce le numéro un de Farmatrix.
L’épidémie de chikungunya oblige, le sirop à base de paracétamol est le produit à prix spécial pour ce mois. Les milliers de personnes atteintes de chikungunya sont prévenues.
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