Ceux qui fréquentent le Champ de Mars, le plus emblématique des espaces publics du pays, s'en doutaient. Il se passe quelque chose au centre de Port-au-Prince. Au Champ de Mars, on vit, on cause, on danse, on pleure, on manifeste et le voilà transformé en chantier secret. Ce n'est pas net.
Le cœur de la ville-capitale-république est en plein réaménagement. Sans avis ni annonce. Il y a des travaux épars. Certains avancent, d'autres traînent. Rares sont ceux qui ont une idée du plan d'ensemble de la transformation en cours du plus grand salon du pays.
Ce qui se passe au Champ de Mars, sans urbaniste désigné, sans architecte connu, sans ingénieur identifié, sans maître d'œuvre ou d'ouvrage clairement en charge, se réalise sans consultation avec les spécialistes de l'art.
Le Champ de Mars est livré à une course entre firmes privées. Le plan d'ensemble, si le programme exécuté porte ce nom, est une collection de lubies pleines de bonnes intentions. Rien à voir avec le réaménagement de la principale place publique d'une capitale, d'un pays.
Après le massacre du kiosque Occide Jeanty et de son espace ouvert, après l'érection de la clôture annonçant des travaux imminents sur l'esplanade Dessalines, au dos du Musée du Panthéon national, on apprend que le Nègre marron va être déplacé, sa place remodelée, pour laisser passer une route.
Le 11 juin 2014, le Collège national des ingénieurs et architectes haïtiens a élevé la voix pour dire: Otan !!!
Les membres du Collège national des ingénieurs et architectes haïtiens (CNIAH), un cénacle endormi depuis des lustres, annoncent prendre acte de deux constats majeurs :
• l’absence de dialogue dans la réalisation du projet touchant l’un des espaces publics les plus emblématiques de notre vécu de peuple, en l’occurrence: la Place des héros de l’indépendance;
• la dénaturation de l’environnement culturel, patrimonial et architectural de la Place des héros de l’indépendance, par :
- la mise en place, face au kiosque Occide Jeanty, de gradins permanents et trop élevés, coupant toutes les perspectives de la place;
- l’érection de l’immeuble de la Cour de cassation (à l’emplacement du bâtiment de la police) empiétant sur l’espace public;
- et, par-dessus tout, la destructuration de la Place du marron inconnu, œuvre de l’un de nos plus remarquables architectes, Albert Mangonès, connu et respecté au-delà de nos frontières.
Le CNIAH a mis en place un comité de professionnels prêt à rencontrer les autorités responsables de ce dossier, disponible pour engager le dialogue sur les actions qui permettraient de conserver notre patrimoine et notre mémoire dans la poursuite du projet de rénovation de la Place des héros de l’indépendance.
Qui de l'UCLEBP, de la primature ou de la présidence va prêter attention à ce « halte-là »?
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