L’Exécutif suce la pointe de son crayon. Par ces temps de diminution de l’aide externe, « la graisse du cochon devra faire cuire le cochon ». Plus de largesses. Les jours de certaines subventions sont comptés. D’abord celles concernant les produits pétroliers. Pour l’exercice 2014-2015, le Trésor public table sur près de 8 milliards de gourdes d’impôts sur les produits pétroliers si le projet de loi de finances est voté sans modification au Parlement. Comparé au précédent exercice au cours duquel ces recettes étaient de 3,3 milliards de gourdes, le MEF veut dégager 4,5 milliards de gourdes. Décidées à collecter les impôts, à arrêter cette subvention, les autorités financières et monétaires de l’administration Martelly marchent tèt dwat vers la hausse des prix de l’essence. En général, ce renchérissement des prix du gaz n’est pas sans incidence sur ceux des biens et des services. Ici, comme ailleurs, cela est susceptible de provoquer des grognes, des débrayages et parfois des heurts sociaux. Dans ce contexte de crise préélectorale, de chaos politique redouté au début de l’année 2015, les probabilités que cette mesure soit du pain bénit pour les opposants du pouvoir existent bel et bien. Des adversaires de Martelly qui ne s’embarrasseront pas de manière, encore moins d’état d’âme en reconnaissant que de justes redressements dans la gestion des finances publiques font parfois mal. La gageure, à ce stade, alors que le football domine tout jusqu’au 13 juillet, réside dans la capacité de l’administration Martelly à communiquer, expliquer le bien-fondé de cette décision, une médecine de cheval pour certains. Le résultat d’un arbitrage difficile mais nécessaire pour d’autres. C’est « choisir le moindre mal », selon ceux qui soutiennent cette décision. Sans ses recettes, l’Etat n’a pas de grandes marges de manœuvres pour répondre à ses obligations. Sinon, face au déficit budgétaire et à la tentation de recourir au financement monétaire de ce déficit, il y a un double risque : l’inflation et la dépréciation de la gourde. Soit. D’un autre côté, la volonté de l’administration Martelly de redresser la barre s’achoppe à quelques faits qui interrogent son sérieux. Sur les 60 milliards de gourdes de recettes internes prévues dans le projet de loi de finances 2014-2015, 29 milliards sont alloués aux salaires et traitements. En clair, 48 % des recettes publiques sont consommées par l’administration publique qui compte plus de 72 000 employés. Cette administration sans contrat de performance, sans âme. A charge, on notera aussi qu’il y a, depuis l’arrivée de Michel Joseph Martelly au pouvoir, deux carnavals par an alors que les services de la dette a augmenté de 175 %. Par temps de redressement, il est bon que tous comprennent la nécessité de consentir des sacrifices, de bien utiliser les maigres ressources publiques.De prêcher par l’exemple pour crédibiliser son action.