Hasard du calendrier, le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies est dans nos murs pendant que s’ouvre un colloque international sur la gestion des risques. « Comprendre les risques en Haïti : innover pour prévenir », annonce le programme de la conférence prévue du 14 au 18 juillet, avec des pointures locales et internationales. On ne sait pas si l’un des experts interviendra au détour d’une des causeries sur la prudence dont Haïti doit faire preuve envers tout, même envers les amis, surtout envers les amis bienveillants et inoffensifs. On devrait ajouter ce point au programme s’il fait défaut. Qui aurait cru que l’ONU, sous ses Casques bleus venus nous stabiliser, apporterait dans ses bagages le choléra et des élections catastrophiques en 2010? Le choléra, on le comprend bien, n’est pas arrivé en Haïti tout seul. Sans doute personne ne l’a implanté de mauvaise foi, mais un fait est, la maladie est là par la faute d’autres que nous. Elle tue et frappe les plus démunis par milliers depuis 4 ans. Ban Ki-moon a fait l’effort de reconnaître la responsabilité morale de l’organisation qu’il dirige dans une déclaration faite avant d’atterrir sur le sol haïtien. Celui qui n'a accepté aucune question des journalistes en Haïti a trouvé une belle manière de détourner les regards de deux points clés : l’échec de la promesse d’aider massivement Haïti pour sortir de l’épidémie en mobilisant des milliards de dollars; et adroitement repousser les demandes d’indemnisation des avocats des victimes. Un coup de com en quelque sorte. L’autre focus de la visite du chef suprême de la mission des Nations unies installée en Haïti depuis 10 ans : les élections. Il faut les tenir cette année rappelle, encore et encore Ban Ki-moon. Il a bien raison Monsieur le Secrétaire général. Les deux camps, l’opposition et le gouvernement, ne cherchent pas assez leurs points de convergence sur ce dossier. Chaque équipe pense pouvoir aller aux prolongations et remporter la partie aux tirs au but. Mauvais calcul; un jour, d’autres que nous les mettront sur le grill et les feront avaler la pilule des élections comme en 2010. En développement, en santé, comme en politique, l’ONU fait partie des risques qu’encourt Haïti. En sommes-nous assez informés ? Comment prévenir d’évitables ingérences ? Comment innover pour sortir des chemins déjà empruntés il n’y a pas si longtemps ? En 2010, il y a eu trois catastrophes en une année : le séisme en janvier, le choléra en octobre et de très mauvaises élections en novembre. Dans les trois cas, pour la reconstruction, comme vecteur ou comme superviseur suprême l’ONU était partie prenante de nos catastrophes. Qui l’a rappelé à Ban Ki-moon ?