La première fois que j’ai rencontré Suzy Castor, c’était lors de mon premier entretien avec Gérard Pierre-Charles (1935-2004) en août 1986. Par la suite, au gré des événements et des rencontres fortuites, j’ai découvert en elle une femme discrète et calme, à la voix mesurée, loin des caméras et des disputes de salon. Pourtant, quel profil ! C’est que, si sa discrétion est grande, sa réputation d’intellectuelle n’est pas sans éclats. Rien n’est plus difficile qu’un portrait de Suzy Castor, car sa vie et sa carrière ont été assimilées à celles de Gérard Pierre-Charles qui fut un véritable tribun, un homme politique flamboyant, co-fondateur du PUCH et de l’OPL. Un grand esprit a parfois – ce fut le cas ici – derrière lui une femme effacée, tout humble, lui apportant quotidiennement, intelligemment, efficacement sa contribution, l’entourant de son affection et de ses sages conseils. Historienne de formation, son maître-ouvrage, «La occupaciòn nortoamericona de Haïti y sus consecuencias» (1971) ou L’occupation américaine d’Haïti (tr. fr., 1988), est là pour témoigner de sa vision politique et de ses préoccupations premières, de son patriotisme agissant et de sa grandeur d’âme. La directrice de Rencontre (Revue haïtienne de société et de culture) fondée en 1989 ne court pas les émissions, elle les évite au maximum. Chez Suzy Castor, le travail est un principe immuable. La militante politique fait corps avec l’analyste politique, l’auteure, l’enseignante de carrière. Outre le haut niveau et la valeur instructive de sa prestigieuse revue, il faut saluer aussi la qualité des publications du CRESFED et de la Fondation Gérard Pierre-Charles qu’elle pilote avec un dévouement et une ténacité hors pair. Ce serait cependant une erreur de la regarder, comme cela se fait généralement, sous un jour naturellement austère. Il serait injuste de nier l’assurance et le talent oratoire de cette femme de conviction et d’esprit, appliquée et minutieuse.