Si le mois de juillet correspond à un minimum pluviométrique sur les iles du nord de la Caraïbe et d’une partie de l’Amérique centrale, les estimations (effectuées à partir du TRMM) et observations sur Haïti ou la république voisine indiquent que nous sommes très en deçà des moyennes. Par exemple, pour les 6 dernières semaines l’Ouest et le Sud-est du pays accusent des déficits variant entre 100 et 200 mm, le Sud et la Grand'Anse entre 50 et 100 mm. Les régions les moins touchées semblent être le Nord et le Nord-ouest, mais surtout le Bas Plateau central (la zone frontalière) qui semblerait présenter un surplus de +50 mm pour cette même période. Dans la région métropolitaine, les totaux à Nazon, et Pèlerin ne dépassent pas les 30 mm sur les 6 dernières semaines confirmant les estimations satellitaires de la TRMM.
Que se passe-t-il donc ?
El Niño serait-il le seul responsable ? Quand verrons-nous des pluies dignes de ce nom sur l’ensemble du pays ? Comment se présente le reste de la saison cyclonique qui devrait d’ici un mois entrer dans sa période la plus active.
Un El Niño officieux
Même si la sécheresse en Haïti est généralement liée aux phases chaudes d’Enso (El Niño), il y d’autres conditions qui peuvent l’engendrer comme ce fut le cas en 2013. Toutefois, les conditions existant actuellement sur l’ensemble de notre région sont d’abord liées aux températures océaniques anormalement élevées sur l’Est du Pacifique. Officiellement, nous n’avons pas encore El Nino, mais la présence d’anomalies positives des températures océaniques (supérieures à la normale) non loin des côtes péruviennes et de celles de l’Amérique centrale est suffisante pour générer des activités convectives importantes (des nuages à développement vertical capables de produire des pluies et des phénomènes électriques). L’air issu des mouvements ascensionnels à l’intérieur de ces colonnes nuageuses est expulsé vers les couches supérieures de l’atmosphère; il se transforme alors en un courant-jet (un courant d'air rapide et confiné que l'on trouve dans l'atmosphère de certaines planètes telle que la Terre) orienté généralement d’ouest en est qui rend extrêmement difficile la consolidation des systèmes orageux d’envergure, comme les ondes et les systèmes convectifs de mésoéchelle (SCV) sur l’Atlantique et la Caraïbe.
Or, durant l’été, les systèmes locaux (brise de mer, de montagne, de vallée, etc.) ne produisent des pluies que sur une échelle réduite (sauf sur le Plateau central qui présente une particularité). Il faut donc un support synoptique de perturbations de forte envergure comme les ondes induites, onde tropicale, dépressions et autre tempête pour induire une instabilité d’envergure sur le territoire haïtien.
L’Atlantique se refroidit
Durant les deniers mois, l’Atlantique s’est généralement refroidi. L’air au-dessus de cet océan est ainsi devenu plus dense avec pour conséquence une augmentation de la pression atmosphérique et un assèchement des basses couches. Cette différence de pression entre les deux océans (les eaux chaudes engendrent une baisse de pression sur le Pacifique Est) génère des vents d’Est anormalement puissants en surface qui refroidissent encore plus l’océan (réduisant l’instabilité verticale nécessaire à la formation des systèmes pluviogène); de plus, ce déficit (perte de masse) dans les couches près de la surface créée par ces vents provoque un assèchement de l’air par un phénomène appelé divergence. Ainsi, la plupart des ondes tropicales faiblissent en pénétrant sur la mer des Antilles.
Assèchement de l’air au-dessus des tropiques
En 2007, le Pacifique, le plus grand des océans (1/3 de la surface de la Terre), est entré en phase froide entraînant une diminution des échanges de chaleur et d’humidité entre l’océan et l’atmosphère. Il y a donc un assèchement de l’air au-dessus des régions tropicales, une raison sans doute expliquant en partie l’inactivité cyclonique sur le Pacifique ces dernières années et qui depuis touche l’Atlantique. En effet, les systèmes tropicaux doivent travailler comme des forcenés pour se développer dans un tel environnement. Le combat livré par la dépression tropicale #2 et Bertha illustre bien cette situation.
L’activité cyclonique (ACE) ne cesse de décroître depuis 2006-2007
De l’espoir
Pourtant, tout n’est pas perdu pour ceux qui souffrent des conséquences de ce déficit pluviométrique, même s’il ne pourra être comblé (sauf si le pire arrivait). Comment? Parce que lors des épisodes d’El Niño (ou présentant des conditions similaires) l’hiver est souvent pluvieux sur les régions septentrionales et une partie des régions méridionales comme durant l’hiver (2009-2010). En effet, les systèmes polaires, suivant le courant-jet polaire, pénètrent beaucoup plus au sud atteignant parfois l’Est et le sud des Caraïbes apportant pluies et températures assez fraiches.
Autre signe, les températures océaniques près des côtes du Pérou se refroidissent. Cela devrait rendre l’atmosphère sur notre région moins hostile (réduction de la subsidence, et surtout du cisaillement) au système tropical. Il est probable qu’à partir de la mi-septembre l’atmosphère de notre région devienne un peu plus propice aux systèmes porteurs de pluie (juste un peu). Je crains d’ailleurs que les mois de septembre et d’octobre soient un peu plus actif que prévu d’un point de vue cyclonique étant donné qu’El Niño ne sera pas présent pour les mois d’août et septembre (un renforcement des anomalies positives prendra du temps) et que nous aurons probablement affaire à un Niño Modiki (différent en japonais), et non classique, qui a beaucoup moins d’effet sur les conditions météorologiques au niveau de l’Atlantique tropicale.
Espérons toutefois que cette « ouverture » ne donne pas naissance à des systèmes d’envergure qui pourraient menacer notre région et particulièrement notre territoire comme en 1963 où Flora sorte de mutant, réussi à trouver son chemin à travers un environnement hostile pour dévaster Haïti et Cuba. Une situation que nous continuerons à suivre attentivement pour vous informer.
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