De ce cercle amical de la reconnaissance de l’œuvre prolifique de Margareth Papillon qui, depuis longtemps, a dépassé, grâce à un patient travail de longue haleine, le stade des premiers balbutiements, j’ai préféré ne plus me tenir à l’écart. Je passe sur l’inventaire des grosses pointures – parfois démesurément louangées – de sa génération et j’en appelle à La Fontaine, qui aurait aimé l’esprit fourmi de Margareth Papillon qui s’est ainsi entassé un riche capital de thèmes, de variations, de sujets d’actualité et de société, de fantasmes, de rêves, de cauchemars, de drames. En somme, il y en a un nombre incalculable. Parmi lesquels, je m’empresse de retenir l’homosexualité (Innocents fantasmes, 2001 ; Les infidèles (théâtre) en feuilleton (2007) dans le magazine Anayizz ; La Mal-aimée (2004-2005), feuilleton dans le journal Le Matin ; Douce et tendre luxure (2010), La Promise (2012-2013), tomes 1 et 2), la problématique du trafic de drogue (La Mal-aimée et la nouvelle ‘‘Jeux interdits’’ dans le recueil ‘‘Passion composée’’, (1997), le phénomène du kidnapping (la nouvelle ‘‘On a kidnappé la morte’’ dans le recueil ‘‘Noirs préjugés’’ (2010) et "Rapt sordide" nouvelle, inédit, (2014), la magie noire et la sorcellerie (Passion composée, dans le recueil éponyme, Terre sauvage, nouvelle, dans le recueil éponyme (1999), Sortilèges au carnaval de Jacmel, roman (2003), Mystérieux Occident, dans le recueil ‘‘Noirs préjugés’’, Amélia ou La malédiction des Ténèbres et La soudaine intelligence de Carmélie Nozeille, dans le recueil ‘‘Noirs préjugés’’, La Promise, tome 1, Rachel, la mystique, roman, 2012, La Promise, tome 2, L’héritier du Prince, 2013). Ce sont les thèmes de l’homosexualité, de la drogue et du kidnapping qui m’intéresse ici. Le minimum de thèmes pour le maximum de résonnance, d’émotion, de savoir. Le perroquet de Gustave Flaubert, le jacquot des îles cher à De Foe, les gerfauts de Heredia dans leur charnier natal, la corneille d’Aristophane, le courlis de James Joyce, le pingouin d’Anatole France et le Vieux Vent Caraïbe de Jacques Stephen Alexis sont ici remplacés avec fracas par le thème tabou (en Haïti) de l’homosexualité – masculine et féminine – et les tourments liés au kidnapping : en lisant cette prose si évocatrice, et vivante, et directe, ces scènes de chair et d’anxiété, on ne sait presque plus si la réalité est aussi tonitruante ou si on rêve. Personnages hauts en couleur et plutôt de bonne famille. Le cinéma n’est pas étranger à cette femme de plume. Si l’homosexualité reste encore un mal, une maladie aux yeux de la grande majorité des Haïtiens, un roman comme Innocents fantasmes, aussi dramatique que possible, devrait à coup sûr ouvrir un grand débat public. Aucune coquetterie à son intrigue. Aucun ennui dans l’ambiance effarante de son récit. Le trafic des stupéfiants et l’industrie du kidnapping représentent désormais chez nous deux activités criminelles d’une épouvantable ampleur dans lesquelles sont impliquées des personnalités politiques, des policiers et des «businessmen». Pour aborder des questions aussi terrifiantes, des expériences aussi extrêmes, Margareth Papillon, peintre de groupe, a fait montre d’un grand sens de l’objectivité servi par des histoires peu banales. Imprévisible, chatoyant, plein de suspense à faire pâlir Gary Victor, Yanick Lahens ou Kettly Mars, le roman «La Mal-aimée», par exemple, est en ce sens une étonnante réussite, comme une grande partie de son œuvre.