Les résultats des examens officiels – 6e, 9e année, rhéto, philo – mettent à nu le mauvais fonctionnement des écoles publiques. Pour le département de l’Ouest, aucun lycée ne figure dans le tableau d’honneur des écoles ayant fourni 100/100 de réussite dans les examens de rhéto et de philo. Il faut se rendre dans le département du Nord-Ouest avec le lycée Ménélas Bordes (4/4 en rhéto) et dans le département du Nord-Est avec le lycée Fortuné Audate de Mombin-Crochu (63/63 en philo) pour trouver une telle performance. Les deux lycées ayant fourni 100/100 de réussite dans les examens officiels sont l’exception, ceux qui obtiennent moins de 50% sont la règle. Les résultats catastrophiques des lycées surtout aux examens de bac première partie sont la résultante d’une longue période de démission des responsables du Ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) dans la gestion des écoles publiques. C'est aussi la conséquence des grèves répétées ou des longues absences des enseignants en salle de classe, de la surcharge des salles de classe, de l’indiscipline des élèves, la passivité ou l’incompétence des membres des directions des écoles publiques. Bref, l’échec du système de gestion des écoles publiques qui coûte pourtant cher aux contribuables haïtiens. Avant la proclamation des résultats des examens officiels de l’année académique 2013-2014, on savait que les lycées (de manière générale) ne figuraient plus parmi les meilleures écoles du pays. Mais on ne savait pas qu'un lycée pouvait inscrire plus de 800 élèves en rhéto et en philo. On ne savait pas qu'un lycée pouvait obtenir 0/100 au baccalauréat première et deuxième partie. Même dans les pires événements, on peut toujours trouver un fait positif. La bonne nouvelle dans la débâcle des lycées, c’est que le ministère de l’Éducation nationale, en publiant les résultats par école sur son site Internet, accepte de se démasquer. Il prend son courage à deux mains pour faire, peut-être, mieux la prochaine fois. Même si le ministère annonce des mesures pour redresser la situation des écoles publiques, il faut toujours un mais, car ici ce ne sont ni les lois ni les mesures qui manquent. C’est leur application qui fait toujours défaut. Surtout que les syndicats d’enseignants, même ceux qui sont toujours au- devant de la scène, gardent le silence depuis la proclamation des résultats des examens officiels. Il s'emblerait, pour une fois, que tout va pour le meilleur entre eux et le MENFP. Etonnamment, les syndicats d’enseignants ne pipent mot sur les 12 mesures annoncées par le ministère pour améliorer la qualité de l’école haïtienne. Peut-on s’attendre à une année scolaire 2014-2015 sans grève d’enseignants ? Les syndicats vont-ils exhorter leurs membres à respecter leur horaire de travail dans les écoles publiques comme ils le font dans les écoles privées qui obtiennent toujours 100/100 aux examens officiels? De son côté, l’État haïtien va-t-il enfin créer un cadre de travail dans les écoles publiques ? Les éternelles revendications salariales des enseignants vont-elles enfin être satisfaites ? Quel sera le sort des racketteurs qui soutirent de l’argent aux parents en échange d’une place dans une classe surchargée d'une école publique ? A travers les 12 mesures annoncées par l’actuel ministre de l’Éducation nationale, Nesmy Manigat, avec le support du président Michel Martelly, on entend relever le défi. L’année scolaire 2014-2015, dont la réouverture est fixée au 8 septembre prochain – s’il n’y aura pas une surprenante décision de la reporter comme dans les années passées –, donnera raison ou tort aux sceptiques.