Un siècle après «l'électricité et les soviets» de Lénine, l'électricité reste préférable aux soviets. Mais n’empêche qu’il y a une révolution à faire en Haïti qui peut s’en inspirer. Cela dit, sachant que les soviets sont la pire forme de gestion, n'est-il pas curieux de constater que l'administration Martelly et le gouvernement Lamothe veulent soviétiser l'électricité en Haiti ? Comment? En voulant faire de l'État l'acteur principal et le seul à chercher des solutions à un problème que tous les gouvernements, depuis le début de l'électrification d'Haïti, à Jacmel, à la fin du XIXe siècle, ont raté. Leta pa ka bay peyi a kouran, men Leta vle se li sèl ki pou gen monopòl zafè kouran nan peyi a. Martelly et Lamothe font comme leurs prédécesseurs. L'électricité, c'est leur affaire. Une affaire d'État. Même si, depuis des années, nous tournons, tout le monde échoue nan ban nou yon ti limyè, l’administration actuelle suit les anciennes mauvaises pistes avec constance. L'Électricité d’Haïti, notre fameuse EDH, en prenant la succession de la Compagnie d'éclairage des villes de Port-au-Prince et du Cap-Haïtien à la fin des années 60, a échoué. Les acteurs privés, qui lui apportent leur aide depuis le tournant des années 90, ne font pas mieux. On remplace un monopole par un autre type de monopole, les problèmes des usagers demeurent. L'énergie électrique est chère et rare. Elle demeure un inaccessible luxe pour la majorité de nos compatriotes. Que faire? Lénine se serait très vite posé la question. Les pro-marchés que sont Martelly et Lamothe doivent libérer le marché de l'électricité. L'État mettrait ainsi en concurrence mille entreprises au lieu de chouchouter quelques-unes au prix fort pour ses finances. Mais, surtout, l'État haïtien doit donner à tout Haïtien ou étranger le droit d’importer, d'acheter et de vendre, sans taxe aucune, tout ce qui permet de produire, de stocker et de transporter de l'énergie électrique. L’État devrait même accorder une prime si l’énergie est produite de façon renouvelable. L'eau, le vent, le soleil, ou tout autre élément transformé pour en faire de l'électricité, doivent être autant de ressources libres et le moins cher possible. Bien sûr, les finances publiques vont perdre des millions de gourdes si ce virage est négocié. L'État peut cependant très vite y gagner des milliards. Imaginez le nombre de kilowatts que le secteur privé peut produire si les équipements sont détaxés, si une campagne ingénieuse invite chaque famille à produire sa propre électricité, à en vendre à ses voisins si elle dispose de surplus, etc. L'État perd des milliards dans l'aventure électrique. Il perd aussi la face à chaque black-out. Il ne pourra jamais combler le déficit de mégawatts dont le pays a besoin. Bien sûr, aucun pays ne transfère totalement au secteur privé, entreprises et particuliers, une branche aussi stratégique que la production électrique. Dans le cas d'Haïti, que l'État garde ce qu'il souhaite garder et invite le privé, sans le taxer, à l'aider. Blackawout pou blackaout, laissez-nous le produire tout seul pour une fois! Ne nous taxez pas. Nous allons vous aider Monsieur l’Etat. Chaque watt produit sera une gourde en moins mal dépensée par vous, avec nos taxes.