Le pouvoir actuel n’est pas le plus bête du monde, mais il est le plus frileux, le plus ambigu. Il s’est laissé entraîner par une opposition pas si brillante que ça, dans un environnement torride. De fait, elle n’y va pas de main morte, non seulement sur les prescrits constitutionnels (l’application de l’article 289 pour former le Conseil électoral provisoire en attendant l’établissement du Conseil électoral permanent), mais aussi sur des questions aussi substantielles que l’indépendance de l’appareil judiciaire, la sécurité des candidats, des responsables électoraux et des électeurs, le financement des partis, la nature du gouvernement ( de consensus) et le caractère «équilibré» du Conseil électoral. Tout un programme de gouvernement ! Un agenda de négociations des plus improbables! Malgré son discrédit et son essoufflement, cette opposition plurielle, capable de surmonter artificiellement divisions, inimitiés et rivalités, a le talent et le charisme d’y faire son fonds de commerce face à une équipe qui la ridiculise, l’injurie et la rejette. Et vice versa.
On a non seulement affaire à une opposition chicanière mais, au fond, à un pouvoir qui, par ses hésitations et ses faux pas, a projeté l'image d'une équipe tiraillée, sans une vision électorale. Et c'est la pire des choses, en politique, le temps perdu. Au lieu d'affronter les problèmes, on les escamote, on les fuit.
Or, en elles-mêmes, ces exigences, par leur nature et leur ampleur, seraient impensables si l’administration Martelly-Lamothe avait respecté les échéances électorales, tant certaines d’entre elles mettent profondément son unité et son avenir en cause. Sa faiblesse est de n’avoir pas assez vu que même l’organisation d’élections générales en fin de mandat – si telle est au fond l’idée première de Michel Joseph Martelly et ses alliés – ne peut pas reposer seulement sur le contrôle de la machine étatique (et quelle machine, hélas), mais sur une popularité nationale acquise à grand renfort de résultats tangibles en tous points ou en plusieurs domaines. Ce qui prévaut, en matière électorale, c'est avant tout l'image! L'image qui, sous la poussée des critiques et des contre-propositions, devient fait.
Accrochée à la volonté de six (6) sénateurs et à l’échéance du 2e lundi de janvier 2015, l’opposition, ouverte à une solution négociée à la crise préélectorale, cherche à convaincre et la communauté internationale et l’opinion publique nationale que l’environnement électoral, pollué par les exactions ou, si vous préférez, par les dérives gouvernementales, doit être assaini. Ce sont cependant les états-majors des six (6) partis et regroupements issus des pouvoirs antérieurs qui rechignent, mais les candidats («pauvres et privilégiés) à tous les postes, impatients et remuants, sont innombrables. D’une élection à l’autre, le rapport de forces entre pouvoir et opposition fait émerger toujours un courant bien assez significatif pour le boycott. En près de vingt ans, ce sont des élections, d’abord frauduleuses, puis contestées qui se sont frayé un chemin, dans un environnement peu ou prou surchauffé.
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