Tout n’est pas parfait dans le premier album de Rushelle Guillaume, mais il y a de belles promesses qui méritent d’être appréciées, car elle a dû frapper à plusieurs portes pour finaliser son projet, dans un pays où il n’y a aucun encadrement. Beaucoup reste à faire pour apprivoiser totalement et mettre à niveau cet instrument décisif et précieux qu'est sa voix! Très peu d’artistes arrivent à échapper aux goulots d’étranglement qui annihilent même les plus optimistes. Ce qui a l’air d’une jérémiade correspond à un vrai problème de société. C’est de ce fatalisme que Rushelle Guillaume, opiniâtre et sereine, a voulu se libérer. Le thème central, c’est l’amour. Il faut certainement admettre que l’amour – ici – entre deux êtres est avant tout une source d’émotions. Rien d’étonnant que «Emotions» soit le titre générique de ce cd qui comporte dix (10) chansons.
De cet ensemble d’inégale valeur, il faut retenir avant tout la voix de Rushelle Guillaume. Une voix ample, pleine d’énergie, d’une sensualité vraie. Le talent est là. Certains morceaux le prouvent bien : «Lanmou vle nou» - «Wale» - «Bon jan van» - «Mwen renmen renmen w» … Certains morceaux (- «Pou yo» - «Kitem Kriye») prouvent aussi qu’elle se débrouille assez bien dans un registre plus large, ambitieux et méditatif. L’adaptation d’une chanson d’Emmeline Michel, «San ou», sur fond de reggae, je la trouve séduisante, originale. D’inégale valeur ? Pas toujours dans le mauvais sens. La chanson «Kenbe liv ou » (texte de Gaëlle Bien-Aimé et arrangement de Fabrice Rouzier) qui ne s’inscrit pas dans le registre amoureux est un éloge de l’éducation, de la formation. Si ce n'est pas un succès, une chanson magnifique, alors, je suis vraiment perdu! C'est un texte qui fait honneur à la jeunesse! La voix éducative, c'est la voix royale par excellence! La participation de BIC («Pou yo», paroles et mélodie) et de Jean-Jean Roosevelt («Je suis», «Non !!», paroles et mélodie) dans la réalisation de ce rêve cher à Rushelle Guillaume est remarquable ainsi que celle de Dieuvenson Bon. On sent la complicité et l’admiration réciproque qui existent entre ces trois jeunes artistes. La musique moderne de notre jeune génération est ici un nouvel exemple des liens qui se raffermissent entre poésie et mélodie, discours et rythme. Le souci d’exprimer des messages à travers des paroles réfléchies ne nous étonne plus dans la musique post-1986. Ainsi «Non» parle d’un couple dépareillé, «Wale» évoque un mort aimé, tragique même. «Bon jan van» est une chanson d’amour tonique, qui contraste allègrement avec la peine et le malheur !
Si Rushelle Guillaume continue sur la même lancée, en améliorant et en développant ses potentialités, il n’y aura pas seulement dans les prochaines années chez elle évolution, mais mûrissement, succès. Le plus dur, c’est de persévérer. Ce n'est pas facile! Arrivera-t-elle à percer, à durer ? Impossible ? Je ne sais pas. Mais cette «femme créole», tout bien pesé, a «les moyens de sa politique», c’est-à-dire une belle voix, une forte présence sur scène et de l’énergie – la volonté ? appropriée …
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