Depuis une quarantaine d’années, chaque coin et recoin du pays se voient doter régulièrement d’un hôpital ou d’un centre de santé, si modeste soit-il. Si ce n’est pas l’Etat qui honore une promesse d’un président, d’un ministre, ce sont les démarches d’un élu, d’un notable qui aboutissent ou une église, bon samaritain, qui érige un dispensaire.
Quand les fonds tarissent, quand le donateur meurt, si le chef n’est plus chef ou qu'un incident quelconque se produit, il n’est pas rare que le seul point de santé, de toute une région et d’une population, périclite, dépérisse, meure. Il y a des dispensaires zombis disséminés dans tous les départements du pays.
« La miss ne vient plus, le médecin dit que c’est trop loin, la route n’est pas bonne », vous raconte-t-on comme autant d’excuses pour dire l’inexplicable dans un pays où la faiblesse des infrastructures sanitaires est patente.
A l’inverse, quelques hôpitaux marchent bien. C’est le cas de ceux de Médecins sans frontières, de Zanmi Lasante et d’autres ONG bien financées. D’autres institutions, adossées à des églises (catholiques ou protestantes) puissantes et de rares établissements publics qui sont sur le budget régulier du ministère de la Santé publique et de la Population depuis si longtemps que personne n’osera les priver de fonds, continuent de rendre le service inscrit dans leur ADN.
A côté de l’aspect financier et administratif, la bonne marche d’un hôpital public passe par la présence régulière de médecins et du personnel de santé. Si dans les institutions privées le docteur passe parce qu’il a un malade hospitalisé ou parce qu’il ne peut pas sauter ses heures de clinique grâce à la vigilante surveillance d’une religieuse, de la femme du pasteur, de l’administration, sans visage mais efficace, des ONG, dans les « bwat leta » c’est le poids du nombre qui garantit la continuité des soins. Et qui dit nombre dit résidents et internes, ceux qui sont taillables et corvéables à merci.
Les meilleurs hôpitaux publics, pas en termes de disponibilité de médicaments, mais en termes de présence médicale, sont ceux liés à une faculté de médecine, celle de l’UEH ou d'une entité privée.
Pour les hôpitaux des Gonaïves et de Jacmel en construction, celui de Mirebalais déjà fonctionnel, les trois récents inaugurés dans la région métropolitaine et qui peinent à démarrer pleinement et les autres en chantier, le ministère de la Santé publique aurait intérêt à les marier à des institutions de formation de médecins, de dentistes, de radiologues, d’infirmières, de pharmaciens, d’auxiliaires, de laborantins, etc.
En faire des institutions de formation universitaire ou para-universitaire serait un partenariat gagnant-gagnant. Des apprentis obligés d’être là et des médecins formateurs tout autant en obligation d’assurer la supervision des étudiants, rien n’est mieux pour un hôpital public. L’HUEH, Justinien, le Sanatorium et la maternité Isaïe Jeanty de Chancerelle peuvent en dire long.
Combien d’hôpitaux publics sont vides trop souvent ? Combien d’étudiants de nos nombreuses facultés de médecine et de nos écoles d’infirmières arrivent sur le marché du travail sans un bagage conséquent d’apprentissage pratique ? Résidents et internes font grève de temps à autre, mais ils sont la sève vivifiante des établissements hospitaliers publics.
Ce ne sont ni les locaux flambant neuf, ni les équipements dernier cri qui font les hôpitaux, mais d’abord et avant tout la disponibilité assurée d’un médecin, d’une infirmière, d’une auxiliaire, d’un garçon de salle. Beaucoup se fait ces derniers temps dans le secteur médical, mais il faut changer de paradigme, aller plus loin que la mise à disposition de murs bien blancs, pour assurer la santé de la population et nous prémunir de toutes les crises sanitaires qui déferlent sur nous, venues de toutes parts.
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