. Alfred Jean Ménard Intro L’accélération de l’histoire télescoperait les traditions : « du passé, faisons table rase ». Pourtant l’on sait qu’aucun pays ne rompt avec son passé. Force est d’admettre qu’Haïti est le produit de son propre passé jusque dans ses velléités de rompre avec lui pour instaurer un ordre nouveau. La discontinuité n’existe pas vraiment. Chaque peuple a sa façon de vivre ses évolutions ou révolutions. Dans ce pays, il nous faut mesurer le poids de nos traditions si nous voulons repérer les changements qui sont en train d’affecter nos mœurs, nos idées, notre âme. L’objet de cette communication est d’inviter les Haïtiens en général, d’une part, à faire un dépassement de soi en vue de comprendre les obstacles à notre développement, d’identifier les malfaçons, les malformations du faciès d’Haïti, ses déséquilibres, ses blocages, ses rigidités et, d’autre part, à saisir l’opportunité de passer de l’ancien au nouveau tout en considérant les échecs pour ce qu’ils sont ; les étapes indispensables aux résultats. Cet article est en deux points. Le premier présentera différentes études où les jalons pour une gouvernance par résultats ont été déjà posés et le second exposera une plaidoirie pour une culture du résultat. A. Considérations théorico-conceptuelles L’échec s’explique par le fait de ne pas atteindre un objectif fixé, un but visé. Il peut aussi s’apparenter au non-aboutissement d’un projet, d’une entreprise. Dans la pensée de SARTRE in Cahiers pour une morale, « il y a échec lorsque j’ai eu toute latitude de réaliser l’opération et lorsque l’opération finie, elle ne se transforme pas dans la fin : lorsque la totalité des moyens ne se transforme pas en fin » (1). Dans le petit Larousse (2), le résultat se définit au pluriel comme des généralisations concrètes. Le même ouvrage propose une autre acception du terme en le considérant comme étant la réussite ou l’échec à un examen ou à un concours. Cette dernière définition liminaire met en rapport les deux concepts sous étude. C’est pourquoi dans son « Pouvoir illimité » publié en 2012 chez Laffont, Anthony ROBBINS, l’un des meilleurs coaches contemporains en développement personnel, écrit que l’échec n’existe pas. Il pense plus loin, dans ses analyses, que c’est nous qui programmons nos échecs. Car ces derniers sont considérés comme des résultats mais pas ceux qui étaient escomptés. Dans ce cas, l’adoption de stratégies meilleures permettrait d’aboutir aux résultats désirés. Pour SCHUMPETER (3), la récolte de résultats positifs passe par l’innovation. Innover, faire place au changement pourrait, selon la logique schumpeterienne, transformer l’échec en réussite. Dans le même ordre d’idées, Peter DRUCKER (4), l’un des pères du management moderne, soutient que l’innovation est le fondement même de la réussite pourvu que les objectifs soient bien fixés au départ en vue d’atteindre des résultats positifs tout en usant de la meilleure stratégie associée à une combinaison optimale des ressources disponibles.Quel que soit le domaine : le sport, les affaires, la politique ou le développement personnel, l’échec est un pas vers la réussite. B. Pour une culture du résultat B. 1 Les idées prémonitoires Plusieurs penseurs haïtiens ont été déjà considérés comme précurseurs de la culture du résultat. Ils en avaient déjà fait l’annonce dans leurs différents travaux : Jean Price MARS (La vocation de l’élite), Rony DURAND (Penser le développement), Gérard PIERRE-CHARLES ( L’économie haïtienne et sa voie de développement), Leslie MANIGAT (La crise haïtienne contemporaine), Pierre D. SAM (Gérer le réel haïtien), Marc BAZIN (Sortir du marasme), Mireille N. ANGLADE (L’autre moitié du développement), Kern DELINCE (L’insuffisance de développement en Haïti), Laënnec HURBON (dir de) (Transitions démocratiques), Sauveur P. ETIENNE (Haïti, l’invasion des ONG). Plus près de nous, ont abondé dans le même sens d’éminents journalistes comme Hérold JEAN-FRANCOIS dans ses éditos, Valéry NUMA récemment dans une émission où il exhortait les éventuels candidats à présenter à l’électorat le bilan de leurs réalisations et Frantz DUVAL qui a tout dernièrement brandi un texte de Jacques ATTALI invitant les citoyens à se débrouiller pour instiguer les Haïtiens à se responsabiliser, prendre des initiatives, ne pas se reposer sur les actions publiques ; bref, passer outre à l’attitude quémandeuse à l’égard de l’Etat. Ils sont en effet unanimes à reconnaître l’importance du développement de cette culture qui a la vie dure en Haïti où le « tout voum se do », le « koulcholkuit » est de mise. Il est un fait indéniable que la culture du résultat passe nécessairement par le remplacement du vieux par le neuf. Sortir de l’ornière passéiste entend l’utilisation de nouvelles méthodes de planification, d’organisation, de pilotage et de contrôle des activités génératrices de progrès économique et social. Dans cette optique, il convient de voir avec des lunettes novatrices les nouvelles mutations sociales et les paramètres conduisant à l’atteinte des objectifs millénaires du développement (OMD). B.2 Les exigences de la culture du résultat La culture du résultat exige le refus de l’improvisation, de l’à-peu-près, du tâtonnement et de l’impréparation. Elle commande à tout Etat moderne de faire usage des nouvelles techniques de la prospective, comme l’a si bien soutenu le Prof. Claude SOUFFRANT. D’ailleurs, gouverner c’est prévoir. Aussi soutient-elle la conjugaison d’efforts sans cesse renouvelés. Car, le résultat comme la croissance doit être soutenu constamment. Le maintien des résultats doit se faire sur le long terme. C’est ce qui explique pourquoi un Etat pompier ne peut pas donner de résultats. Enfin, la culture du résultat marche de pair avec l’évaluation. On n’a pas trop tendance à évaluer en Haïti. Les grandes écoles d’administration publique font leur développement de cette spécialité : « Evaluation des politiques publiques(EPP) », qui est considérée comme un booster incontournable à l’efficacité et à l’efficience des services publics destinés aux citoyens ; Bref à la bonne gouvernance. Comment reconnaître si un plan, un programme, une politique ou un projet atteint ses résultats escomptés s’il n’est pas évalué, ne serait-ce que pendant et/ou après son exécution ? L’évaluation est in fine au résultat ce que le bâton est à l’aveugle. Car, elle permet de comparer les objectifs préalablement fixés avec les réalisations. Ce qui permettrait de voir s’il y a erreurs à corriger ou écarts à combler. En guise de conclusion Martyrisée, dépouillée, meurtrie par les aventurismes de toutes sortes, écartelée entre plusieurs influences, écoles de pensée, Haïti doit vivre, donner des résultats probants. Aujourd’hui, l’heure est à l’action, aux résultats ; et ça urge. Trêve de verbiage ! Ce pays n’a pas besoin de doctrines mais de méthodes qui lui serviraient de règles, conditions sine qua non de son développement réel. Que l’on interroge ses ressources, son potentiel, que l’on se réfère à ses fantastiques paysages naturels et touristiques et à ses incommensurables richesses que la sécheresse, la précarité des minima sociaux ne sauraient oblitérer, qu’il soit fait appel à sa riche culture pétrie d’humanisme et sa philosophie de convivialité, l’on doit convenir qu’Haïti, terre de paradoxes, de lumière et de clair obscur, grand agent de l’histoire, par ce qu’elle pourrait devenir si ses fils et filles se ressaisissaient, est avant tout ciselée dans la matière qui fait les grandes nations. Il est venu donc le temps de mettre de côté nos querelles de camarilla, nos dualités sociétales (rural/urbain, archaïsme/modernité, ceux d’en haut/ceux d’en bas, intellectuels/analphabètes, Homme/Femme) pour nous engager dans un combat fraternel, honnête, sans coups fourrés, toutes les manches retroussées, de longue haleine en vue de refaire de ce patelin le joyau de la région caribéenne.Voilà toute la magie de la culture du résultat !