En prenant l’avion lundi à destination du Vieux Continent, en compagnie d’hommes d’affaires et de deux ministres du gouvernement, dans le but de renforcer les liens commerciaux et d’amitié avec la France et l’Allemagne, Michel Martelly n’est-il pas en train de reléguer au second plan la gestion du pays au profit de ses voyages inutiles à l’étranger ? Comment un président responsable peut-il quitter son pays pour se rendre à l’étranger au moment où des manifestations de rue s’intensifient en causant des dommages graves sur la vie et les biens des citoyens ? Depuis plus de quarante-cinq jours, les habitants de Petit-Goâve, les commerçants, les automobilistes et les voyageurs des départements des Nippes, du Sud et de la Grand’Anse éprouvent toutes les difficultés en traversant cette ville qui est constamment en ébullition, en raison de protestations de groupes d’opposants aux agents intérimaires de la cité de Faustin Soulouque.
Comment le président de la République va-t-il renforcer des liens commerciaux avec la France et l’Allemagne ? Haïti ne produit presque rien pouvant être exporté en France et en Allemagne. Depuis plus d’une vingtaine d’années, les gouvernements qui se sont succédé n’appliquent qu’une politique économique, celle de l’importation. Martelly va, sans nul doute, intensifier l’importation des biens et marchandises de la France et de l’Allemagne. Dans ce cas, quels liens commerciaux Michel Martelly va-t-il renforcer avec la France et l’Allemagne ? Quelle conception les chefs d’Etat de ces deux grands pays vont-ils se faire d’un président d’un pays en crise de gouvernance, qui, après trois ans et six mois de gestion, n’arrive même pas à trouver un consensus pour l’organisation des élections, et qui quitte son pays pour se rendre en visite à l’étranger pendant une semaine ? Notre président va, semble-t-il, de pays en pays pour le plaisir de voyager. Comment les journalistes français et allemands vont-ils commenter la visite du président haïtien en Europe au moment où Haïti est en pleine crise politique ?
La visite du président de la République en Europe fera-t-elle partie d’une série de visites à l’étranger avant la date du deuxième lundi de janvier qui coïncide avec la rentrée parlementaire ? En attendant que cette date arrive, le coordonnateur en chef de l’ONU dans la lutte contre le choléra en Haïti, Pedro Medrano Rojas, a mis notre pays sous les feux des projecteurs dans une interview accordée à l’agence espagnole EFE. Comme beaucoup d’autres diplomates onusiens, il a mis à nu les problèmes d’assainissement et d’eau potable auxquels Haïti fait face en passant en dérision la pauvreté d’Haïti. Il propose un plan Marshall pour mettre fin à la pauvreté de notre pays. Alors que les pays riches, en plusieurs occasions, ont boudé la collecte de fonds recherchés par le secrétaire général de l’Onu pour venir à bout du choléra, maintenant, c’est un plan Marshall que le coordonnateur propose pour éradiquer la misère sur la terre de Dessalines. Voici dans quel contexte le président haïtien se trouve à l’étranger pour renforcer des liens.
Cette dépêche de cette agence espagnole sera reproduite dans la plupart des médias européens et sera probablement l’un des principaux sujets des journalistes en face de Michel Martelly.
Lemoine Bonneau
lbonneau@lenouvelliste.com
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