Michel Martelly est en Allemagne, parle devant des investisseurs, s’apprête à rencontrer en France les grands patrons du Medef, l’association des plus grandes entreprises du pays de François Hollande. Le président haïtien clame partout qu’Haïti est ouverte aux entreprises, cherche des investissements, veut sortir de la logique des dons. Et qu’est-ce qui nous tombe sur le museau ? Le rapport Doing Business 2015 de la Banque mondiale classe le pays parmi les mauvais élèves dans la catégorie des derniers de la classe. Nous sommes 180e sur 189 économies analysées. Sur les 10 critères retenus, nous n’avons pas progressé ou, pire, nous avons régressé dans six d’entre eux. Et dans les plus importants comme : la création d’entreprise, l’obtention de prêt, la protection des investisseurs minoritaires, le paiement des taxes et impôts, l’exécution des contrats et le règlement de l’insolvabilité. Les domaines où nous sommes forts sont : l’octroi de permis de construire, le raccordement à l’électricité (ou au black-out, si vous préférez), le transfert de propriété et le commerce transfrontalier. Ce rapport met en exergue les carences de l’Etat et du secteur privé haïtiens dans la construction d’un Etat économiquement plus fort depuis 2010, si nous prenons cette date comme l’année zéro de l’ère Martelly et de l’après-séisme. Nous sommes 180e sur 189 économies analysées. Dans le rapport 2014, nous étions 177e sur 189. Dans le rapport 2013, nous étions 174e sur 185 pays analysés. 174e aussi dans le rapport 2012, mais sur 183 pays. 166e dans celui de 2011 sur 182 économies analysées. Nous étions 151e en 2010, mais 154e en 2009 sur 183 pays. Notre dernier gain notable de places dans le classement Doing Business date de 2010. Avec des statistiques d’avant le séisme, bien entendu. Le rapport a toujours un an ou plus de retard en ce qui concerne les données analysées. Depuis le tremblement de terre, en dépit des milliards injectés dans l’économie, le changement de gouvernement, le nouveau langage, les changements tardent à se concrétiser. C’est le verdict. Selon la perception des décideurs qui participent aux enquêtes qui permettent d’établir le rapport Doing Business de la Banque mondiale, Haïti ne fait pas assez d’efforts. Nous pouvons expliquer que notre moyenne progresse. Le problème est que celle des autres pays aussi progresse. Nous ne restons pas assis, mais les autres courent plus vite que nous. Le secteur privé comme le secteur public doivent mieux faire leurs devoirs, si Haïti ne veut pas se retrouver un jour dans le trio de queue du classement. Ce jeudi, en plus de ce rapport calamiteux, le taux de change flirte avec les 46 gourdes 50 pour un dollar et l’avenir démocratique de notre pays se joue entre une visite d’émissaires américains et une rencontre entre François Hollande et Michel Martelly. Thomas Shannon, proche conseiller du secrétaire d’Etat américain John Kerry et le coordonnateur spécial américain pour Haïti, Thomas C. Adams, étaient dans nos murs pour des consultations sur l’évolution de la situation politique. Selon le communiqué de l’ambassade américaine relatant leur passage en Haïti, ils ont « réitéré le support des Etats-Unis à l’organisation des élections dans un délai convenable, encouragé le dialogue politique et souligné les progrès effectués dans les domaines de la reconstruction et du développement », lors de leurs rencontres avec les acteurs politiques de tout bord. Sur le bureau du président français, qui aura une séance de travail avec son homologue haïtien ce vendredi, se trouve une lettre d’organismes de défense des droits humains. Ils en appellent à François Hollande pour freiner les dérives antidémocratiques du pouvoir en place. Quand les alarmes de l’économie et de la politique alertent, tout le monde doit faire des efforts pour éviter le pire.