Michel Martelly avait un rendez-vous à TV5 vendredi pour participer à une émission qui sera diffusée à partir de ce dimanche sur le réseau mondial de cet instrument médiatique de la francophonie, retransmis dans le monde entier. L’émission avec trois journalistes (de RFI, du journal Le Monde et du présentateur vedette de TV5) s’annonçait une formalité tant l’ancien chanteur domine cet exercice partout où il passe. Cette fois, ce fut un calvaire. Les journalistes, dans un calme olympien, ont acculé dans les cordes et Sweet Micky et le président de la République d’Haïti. Les sujets étaient ficelés. Les hameçons délicats et affûtés. Les illustrations éclairantes. L’aller et retour sur un dossier chaud comme Duvalier déstabilisait. Michel Martelly a su garder son calme. Jamais il ne s’est départi de son sourire. Il a trouvé les mots, mais pas toujours la bonne formule pour dire son attachement à la loi, à la démocratie ou sa position sur l’avortement, par exemple. Quand auront lieu les élections en Haïti ? n’a jamais été une question plus difficile que dans le studio de TV5. Une banale question d’actualité : Que pensez-vous de la chute de Blaise Compaoré ? fut une chausse-trappe. L’émission passera sur les télévisions haïtiennes, ce dimanche. Elle mérite l’attention des téléspectateurs. Dans la soirée, dans un cadre plus policé, le président avait rendez-vous à l’UNESCO. Il devait prendre la parole dans le cadre des 70 ans de l’institution. Dans les murs de l’UNESCO se tient un colloque sur Nelson Mandela. Le président a salué cette initiative et traversé la salle des pas perdus du palais de l’avenue de Suffren où d’immenses affiches retraçaient le parcours de Mandela. Personne ne sait si Michel Martelly s’est rendu compte qu’aucun décompte ne vantait le nombre d’écoles construites ou les enfants scolarisés par le premier président de l’Afrique du Sud de l’après-apartheid. Le bilan de Mandela ne tient pas aux faits, mais à sa vie, à ses idées, à son héritage. Un grand président ne construit pas seulement. Il trace des voies. On écoute sa voix, même des années après sa mort. Ce samedi, Michel Martelly ira au fort de Joux, là où mourut Toussaint Louverture. Là encore, comprendra-t-il que Toussaint n’est que plus grand parce qu’il a été vaincu, mais que son idéal de liberté lui a survécu ? Sur le plateau de TV5, l’un des journalistes a demandé à Michel Martelly pourquoi Haïti ne produit plus de personnages de la trempe d’un Toussaint Louverture ? Ce fut la plus difficile question de son examen démocratique de ce voyage en France. Toussaint n’a construit aucune route. Aucun hôpital. Aucune croissance économique. Il nous a élevés.