« Il n’y a pas de sot métier, il n’y a que de sottes gens », dit-on sentencieusement comme pour ramener souvent quelqu’un à la raison ou pour l’amener à une plus juste compréhension de la vie quant à l’utilité de toute activité entreprise honnêtement dont on tire ses moyens d’existence et pour ce qui est du refus opiniâtre de besogner soit par fainéantise, soit par sentiment excessif d’infériorité ou par souci de tenir son rang ,par souci de viser haut et de voir plutôt grand… Or, on ne peut le moins du monde se refuser à l’évidence qu’il est, en Haïti, tout un éventail de « petits métiers » exercés par d'humbles gens dans l’espace urbain, ces pauvres qui boulonnent dur, triment parfois en plein soleil pour assurer leur survie.
Il convient de souligner qu’une telle approche ne vise surtout qu’à concourir à ce que le projecteur soit spécifiquement braqué sur les conditions d’existence des cireurs de chaussures à qui, du fait de leur ascendance sociale et leur niveau d’éducation, semble dénié tout droit d’appartenance à une corporation ou à un syndicat afin de formuler leurs éventuelles revendications et de défendre leurs intérêts . Dans leur sphère propre, ils devraient avoir droit à la même chance que ceux qui exercent fièrement leur profession par un encadrement structurel efficace et effectif d’un Etat garant de la sécurité sociale et des droits des citoyens, d’un Etat conscient de leur valeur sociale et soucieux d’assurer leur protection et leur bien-être, s’assignant pour tâche d’influencer et orienter l’opinion et la mentalité haïtienne vers une nouvelle optique, libre de toute présomption, vers un autre regard porté sur l’exercice desdits métiers qui, néanmoins, sont valorisés dans plus d’un pays où chacun vit bien et sans complexe de ce qu’il fait.
Aussi est-il de notre devoir de priser le « beau » rôle que jouent les cireurs de chaussures qui se heurtent plutôt à une attitude contraire et dont les fils seraient fiers de se recruter parmi les gens côtés de cette société, une société malheureusement tarée, complexée, pétrie de préjugés, une société stagnant dans le sous- développement humain et la misère morale résiduelle, état de fait qui ne saurait, en aucune façon, se soustraire à toute analyse structurelle de notre tissu social. Ces infortunes, pour la plupart respectueux, toujours diligents à exécuter leur travail sont, à certains moments, sinon humiliés du moins snobés par ceux- là mêmes dont ils contribuent au protocole vestimentaire et qui, pointilleux quant au cirage des chaussures, bêchent aussi des pieds à la tête quiconque chausse des souliers sales.
Il y a plus d’une décennie que nos « chany » victimes du clivage social , besognent sans réclamer plus que cinq misérables gourdes, sans pouvoir s’exprimer ou se plaindre ouvertement, sans en appeler à l’apologie de ceux- là qui, par voie de presse, défendent les droits des gens se confinant au seuil de l’indigence et se démenant pour gagner leur pain. Il est vrai qu’ils peinent longtemps pour si peu et se résignent à l’inflation et à l’augmentation du coût de la vie, alors qu’ils ont une famille et qu’ils ont aussi besoin d’entretenir leur maisonnée, et le répète-t-on encore, d’élever, d’éduquer leurs enfants et d’œuvrer ainsi à l’édification d’une société forte et de meilleurs lendemains.
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