A la suite de la rencontre au palais national, vendredi dernier, entre le président de la République et une délégation de la société civile conduite par Rosny Desroches, où Michel Martelly avait offert à ses hôtes une partie de plaisir en jouant au piano, des observateurs croyaient que la crise préélectorale avait atteint le bout du tunnel. En apprenant aujourd’hui qu’une lettre a été adressée aux six partis politiques par le secrétaire général de la présidence pour une ronde de négociations entre les protagonistes, on se demande quelle main puissante a contribué à ce revirement spectaculaire.
L’interview accordée à la Voix de l’Amérique cette semaine par Thomas A. Shannon, conseiller du secrétaire d’Etat John Kerry, en précisant qu’il est encore tôt pour trouver une solution à la crise haïtienne, porte à croire que les autorités américaines mettent la pression sur l’équipe au pouvoir. Alors que, vingt-quatre heures auparavant, Michel Martelly faisait savoir que le temps des négociations avait cédé la place aux consultations, il est maintenant pris entre l’enclume et le marteau pour entreprendre de véritables négociations avec les six partis politiques. Plusieurs organisations de droits humains évoluant aux Etats-Unis critiquaient le laxisme de l’administration Obama vis-à-vis de Port-au-Prince, notamment en matière du respect des droits de l’homme. Le ministre de la Justice, Jean Renel Sanon, est pointé du doigt dans les arrestations et détentions de prisonniers politiques. Plusieurs rapports font état de brutalités policières vis-à-vis des manifestants de l’opposition.
C'est pour la première fois, l’administration Obama fait face à tant de critiques sur cette crise préélectorale qui sévit en Haïti depuis quelque temps. A l’hôtel Karibe, le 19 novembre en cours, à 11 heures du matin, Martelly propose un premier entretien avec le groupe des cinq partis politiques qui avait signé la lettre du 7 novembre en cours avec insistance pour que Fanmi Lavalas soit présent. Il y a t-il un rapport de cause à effet ?
Comment l’opposition regroupée au sein des six partis politiques va-t-elle accueillir ce revirement de Martelly ? Les hommes politiques haïtiens au pouvoir et dans l’opposition n’ont pas la tradition de débattre des problèmes de toutes sortes qui sont à l’origine de toutes les crises intestines qui ont causé le malheur du pays. Avec ce nouveau pas de Martelly et après concertation, les six partis politiques devraient sans doute ajourner le calendrier des manifestations, dont celle du 18 novembre. Pour sa part, Michel Martelly a intérêt à faciliter la libération des manifestants gardés illégalement en prison, notamment Rony Thimotée et Byron Odigé, avant le premier entretien.
Vraisemblablement, la libération de tous les prisonniers politiques, la mise en place d'un nouveau Conseil électoral provisoire et la démission du gouvernement Lamothe pourraient être, entre autres, les exigences des six partis politiques. Mis à part les partis proches du pouvoir, la quasi-totalité des chefs de parti politique qui ont rencontré le président réclament la démission du gouvernement Lamothe. Des organisations de la société civile optent également pour un changement de gouvernement.
Selon certains, seul un accord politique large peut mettre fin aux fonctions du Premier ministre et des membres de son gouvernement. Si l'on s'en tient encore à la Constitution, aucun nouveau gouvernement ne peut entrer en fonction sans la bénédiction de ce Parlement quoique dysfonctionnel. Si l’opposition réclame la démission de Laurent Lamothe et de son gouvernement, pourra-t-elle permettre la ratification du choix d’un nouveau Premier ministre au Sénat et obtenir la ratification de sa politique générale avec une Chambre haute aussi divisée ? Cette équation difficile à résoudre est susceptible de nous amener au deuxième lundi de janvier 2015 comme en janvier 1999.
Lemoine Bonneau
lbonneau@lenouvelliste.com
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