Me Jean Hervé Charles Le psalmiste, dans le psaume 90, nous fait savoir que les plus faibles demeureront jusqu’à l’âge de 70 ans et les plus forts jusqu’à l’âge de 80 ans. Juge Arnold Charles a dépassé les coudées pour surmonter le centenaire. Il est parti en paix, comme il a vécu, à l’âge glorieux de 102 ans. Son adage préféré fut la maxime latine qu’il répétait souvent à ses enfants et à ses amis : In medio stat virtus. La vertu se tient au milieu. Pas d’excès en rien ni en vertu ni en malice. On se souviendra bien du doyen Arnold Charles pour son érudition et son sens de finesse élégante que maintenant on qualifie de bon vieux temps, mais qui fut l’apanage des hommes et des femmes d’Haïti formés à la bonne école. Issu d’une famille modeste qui a compris le bienfait de l’éducation, le doyen Arnold Charles eut la chance de fréquenter une école presbytérale de fortune dirigée par le bon père Daricad, un bâtisseur de la Grande- Rivière du Nord durant la Première Guerre mondiale. Le père Daricad, érudit et adepte du classicisme, n’hésitait pas à inculquer dans l’esprit de ceux qui n’arrivaient pas encore à la classe de certificat des rudiments de latin, de grec, de mathématique supérieure et des grandes mythologies de l’histoire humaine. Aussi Me Charles fut brillant dans ses études secondaires au Lycée Philippe Guerrier au Cap-Haïtien, à l’École normale et à la Faculté de Droit de Port-au-Prince d'où il sortit lauréat de sa classe. Retourné dans sa terre natale, il contribua avec les jeunes intellectuels de sa promotion comme Luc Jean et Salomon Bellerive à la création du ''Club le Réveil'' qui transforma la Grande-Rivière du Nord en une ville légendaire où l’esprit, la musique et le théâtre furent rois. Autour des années 50 sous la présidence de Paul Eugène Magloire, nous le trouvons juge au Tribunal civil du Cap-Haïtien et plus tard doyen de l’école Libre de Droit de la même ville. Dans les années difficiles des 1960, seuls sa compétence et son sens de la droiture le préserva des excès des partisans d’un régime qui emprisonna le droit pour installer l’absolu. Parti en exil aux Etats Unis, Me Charles déjà âgé n’hésita pas à retourner sur les bancs de l’école pour obtenir avec des plus jeunes que lui une maîtrise dans la littérature française au City College de la cité de New York. Aussi avec un dévouement qui lui est particulier, il inculqua comme professeur aux jeunes émigrés haïtiens les rudiments d’intégration qui leur permettront plus tard de réussir à l’université. Aussitôt que l’ère de la démocratie fut dans l’air en 1986, le Juge Charles retourna dans la mère-patrie où il fut nommé tout de suite Doyen du Tribunal Civil de Port au Prince par le gouvernement d’Henri Namphy. C’est là que les avocats, les notaires et ceux qui cherchaient la balance de la Justice avaient fait la connaissance d’un homme intègre, simple et pourtant savant et érudit dans tous les aspects et les méandres de la loi. Il dispensa avec droiture la justice aux veuves et aux orphelins jusqu’ à sa retraite volontaire en 2001. En retraite, il ouvra sa maison aux jeunes de la communauté rivanordaise qui s’intéressent au devenir de la Grande-Rivière du Nord, leur prodiguant des conseils et la sagesse nécessaire pour contribuer à la renaissance de la ville qui a donné naissance à des hommes hors pair comme Jean-Jacques Dessalines, Demesvar Delorme, Anténor Firmin et Jean Price Mars. Le juge Arnold Charles a vécu une vie heureuse et bien remplie. Sa carrière active qui s’étend sur 75 ans comprend 25 années de bonne éducation, 25 années comme juge et doyen de l’école de droit, 25 années en exil comme professeur et éducateur, 25 années comme doyen du tribunal civil et 25 années en retraite bouclant ainsi le centenaire. Il est parti trois ans après sa femme née Marcelle Belony, elle aussi morte à cent ans. Ils ont laissés six enfants, trois filles et trois garçons qui les ont comblés de 10 petits-enfants. Il est donc approprié qu’ à l’instigation de ses amis et de ses enfants la Grande-Rivière du Nord soit dotée en son nom d’un complexe éducatif qui servira de Bibliothèque, de musée et de centre littéraire pour l’édification des jeunes qui continueront à embellir la terre d’Haïti ainsi que l’humanité tout entière. Que l’esprit du juge Arnold P. Charles demeure avec nous pour toujours et que le bon St Pierre dont il porte le nom, Arnold Pierre Charles l’accueille aux portes du paradis pour qu’il puisse jouir à jamais de la contemplation de Celui qui nous a créés à son image pour le glorifier sur cette terre et au-delà. N.B : Un service religieux a été offert au juge et doyen Arnold Charles d’abord en l’Eglise St-Louis Roi de France de Turgeau, le vendredi 5 décembre, et ses funéraille ont été chantées en l’église St-Rose de Lima à la Grande-Rivière du Nord le samedi 6 décembre. Les restes du défunt ont été inhumés dans le tombeau familial, au cimetière de la Grande-Rivière du Nord