Michel Martelly gronde. Il mord parfois. Ses amis, habitués à ses blagues salaces, ses débordements, savent qu’il est un sentimental, un tendre, effrayé par la solitude, le silence. Plus qu’on ne le croit, il est marqué par le suicide de son père. La loyauté de Michel Martelly envers les siens frise parfois l’incompréhension. Fidèle, il n’a jamais lâché son ami Roro Nelson, considéré par certains comme une brute épaisse, impliqué dans plusieurs incidents.
Riche de ses amis, Michel Martelly le musicien, comme le président, a vécu. Ces temps-ci, il était attendu au tournant alors que l’on montre la sortie à Laurent Lamothe, son Premier ministre, son ami, son partenaire en affaires, celui qui avait parié gros sur lui à un moment où personne ne misait un seul centime sur ce candidat à la présidence perçu un temps comme un amuseur.
Ce 1er décembre 2014, en marge d’une cérémonie d’hommage aux musiciens, dont Keke Bélizaire, Fabrice Rouzier et Eric Virgal, le président Michel Martelly, face aux caméras,dans une prose claire et simple, a évoqué sa relation avec Laurent Lamothe et, pas sans nuance, effleuré avec ambiguïté la probabilité de jeter l’éponge ensemble. « Je peux dire que le PM et moi sommes unis pour la vie », a confié Michel Martelly. Sous les grands yeux de Joseph Lambert, son conseiller politique, Martelly renchérit : « Tout est clair avec le PM ; on parle de tout ».
Pas de nuages. « Entre le PM et moi il n’y aura jamais aucun problème », a insisté Michel Martelly dans une vidéo postée sur Youtube. Petite pique, Michel Martelly a assuré, pour ceux qui « ont l’esprit surchauffé », « qu’il n’y aura aucun problème » entre eux. « Nous sommes frères. Nous travaillons pour la même cause. Nous n’avons aucune ambition de pouvoir », a-t-il indiqué avant d’enfiler en son nom et en celui de Laurent Lamothe le costume de celui qui est venu juste pour aider. « Nous sommes venus aider Haïti. Si nous ne pouvons pas aider, nous n’avons pas besoin de pouvoir », a dit Martelly, le bras gauche autour du cou de Lamothe.
Si c’est pour aider Haïti, s'il y a des sacrifices à faire, nous pourrons partir, a expliqué Michel Martelly ,qui a rectifié dans la seconde d’après. Ce n’est pas logique d’aller aux élections, de les remporter et de partir avant la fin de son mandat. D’autres l’ont fait mais cela n’a rien donné, a souligné le président de la République. Pour le moment, personne ne sait si ces éloges ont changé la donne. Il est reste aussi a vérifié si Martelly, prisonnier comme on dit des ambitions présidentielles de Lamothe, annonce qu’il passera le cap du 12 janvier 2015 avec son ami Laurent Lamothe à la Primature. Ou s'il est en train de lui aménager une sortie la tête haute avec des chances qui seraient assez faibles d’être candidat à la présidence et de réussir là où Jacques-Edouard Alexis avant lui avait échoué.
Jusqu’ici, alors que des parlementaires pro-Lamothe passent à l’offensive, brandissent la constitution, mettent en garde contre toute tentation de sortir de la Constitution avec un nouveau Premier ministre de facto issu d’un quelconque accord politique, l’opposition appelle à manifester du 5 au 18 décembre. Comme pour assombrir le tableau, des incidents regrettables, suites des revendications pour le courant électrique à Ouanaminthe, compliquent un peu plus la situation.
Ce mardi, moins de vingt-quatre heures après le support sans faille de Martelly à son « frère » Lamothe, l’ambassadeur des USA a rencontré trois des six partis politiques de l’opposition radicale. Signe de raidissement des positions, ces leaders haïtiens ont appelé à une résolution interhaïtienne de la crise à travers des négociations avec toutes les propositions sur la table, y compris le départ anticipé du président Michel Martelly. Le soutien public de Martelly à Lamothe, aux yeux de l’opposition, accréditera un peu plus la thèse du « tipaskout », de l’épreuve de force vers le 13 janvier 2015 et après, à travers des décrets.
La diplomatie américaine, longtemps critique envers l’opposition radicale (accusée de prendre en otage le processus électoral), est peut-être en passe d’effectuer un petit virage en rencontrant l’aile dure de l’opposition. Elle a, selon toute vraisemblance, compris que le bras de fer entre le pouvoir Tèt Kale et l’opposition risque de durer encore un bail et de faire dérailler le processus de stabilisation d'Haïti. Que l’Accord d’El Rancho n’a pas rapproché les véritables protagonistes, ni apaisé, ni rassuré au point de permettre des élections que tous les camps veulent contrôler. Quoi qu’on dise, certains persistent et signent. Pour eux, le « take over » des Américains pourrait poursuivre un autre objectif : libérer Michel Martelly de la prison des ambitions présidentielles de Laurent Lamothe. L’avenir dira tout….
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