Le pays cherche depuis mardi après-midi un nouveau Premier ministre, de nouveaux ministres, un nouveau président pour le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, un nouveau président pour la cour de Cassation, neuf nouveaux conseillers électoraux. Au moins. Si l’on respecte les vœux de la Commission consultative, ces changements, au minimum, doivent être opérés. Le président Michel Martelly se donne 72 heures de réflexions avant de se prononcer. A-t-il le choix de ne pas accepter ce qu’il a instamment demandé ? 72 heures de plus, pourquoi faire ? se demandent les observateurs attentifs des derniers rebondissements de la crise pré électorale qui se mue de plus en plus en crise constitutionnelle et de régime. Même si le président prend son temps, change un boulon et non une vis, quelle crédibilité, quelle marge de manoeuvre reste-t-il à ceux qui sont mis au pilori par sa Commission consultative et par ses opposants ? Bien avant la tenue des négociations d’El Rancho, le président Michel Martelly savait que la facture de ses dérives, de ses atermoiements, de ses fautes politiques allait être salée. Rien de ce qui lui est suggéré ce mardi par les membres de la Commission consultative (composée d’amis du président et/ou de personnalités crédibles) n’était déjà demandé par les opposants les plus farouches à Martelly, par les manifestants ou par ses amis critiques. Le président de la République, bien avant les deux mois de consultations qu’il a lui même menées, savait que les carottes étaient cuites pour son Premier ministre, ses ministres, son juge des juges, son CEP. Bien avant la rédaction du rapport des commissaires de la Consultative, les dés étaient jetés. La politique conduite par l’équipe Tèt Kale était et est dans une parfaite impasse. Ce qui s’est passé ce mardi au palais national met le président devant ses inconséquences. C’est tout. Le président Michel Martelly pourra-t-il sauver les meubles ? Garder les mauvais conseillers qui l’ont conduit là où il se trouve aujourd’hui ? Rebondir alors que l’horizon est toujours bouché ? Alors que rien n’indique que les concessions qu’il s’apprête à faire seront suffisantes ? La communauté internationale, qui souhaite avec cette capitulation organisée éviter au président Martelly la débandade honteuse, devra bien ferrer le poisson pour l’empêcher de sortir du petit bassin où l’on veut le laisser se débattre encore quelques mois. Il faudra aussi à cette même communauté internationale, tout aussi coupable que quiconque du pourrissement de la situation, proposer une sortie de crise crédible à l’opposition multiforme qui s’apprête à tenter de combler le vide créer ce mardi. Il faut faire vite pour que le château des cartes des uns et des autres ne s’écroule pas et tous les rêves finir en fumée. Ce mardi 9 décembre, presque quatre ans jour pour jour après son avènement dans le bruit et la fureur, le pouvoir Tèt Kale vient de fermer la parenthèse de la gouvernance glorieuse. S’ouvre devant Michel Martelly et ses amis l’étroit couloir de la sortie heureuse et la grande avenue des présidences inutiles. A Michel Martelly, et à lui seul, de choisir sa place dans l’histoire.