Alors que la Science et la Technologie représentent des facteurs de compétitivité, de croissance et de développement économique à l'échelle mondiale, on se demande, aujourd’hui en 2014, quelle est la place de la Science et de la Technologie dans l'économie d'Haïti, la première République noire indépendante du monde. Dans les faits, tous les pays du monde, qui ont des prétentions à l'émergence, à la croissance et au développement économique, disposent de toute une batterie d'institutions scientifiques, visant à soutenir l’éducation, l’innovation et le progrès technologique. Avant 1960, la politique scientifique était rattachée à la politique éducative, dans la mesure où les sciences et la recherche, en général, étaient sous la responsabilité du ministère de l'Education nationale. À tel point qu'avant 1960, le ministère de l'Education nationale d'Haïti s'appelait: «ministère de l'Education nationale et de la Recherche scientifique». De 1960 jusqu'à aujourd'hui, à partir des recommandations de l'OCDE et de l'UNESCO, deux organisations internationales qui considèrent la Science et la technologie comme des vecteurs de compétitivité, de croissance et de développement économique, on a assisté sur le plan mondial à une véritable course visant au détachement des politiques scientifiques des politiques éducatives. Aujourd'hui, le pays candidat à la croissance, au développement et à l'émergence économique dispose d'un ministère scientifique à part entière, avec pour objectif la promotion de la créativité, de l'innovation et de la production nationale. Il dispose également d'un fonds national pour soutenir le progrès technologique. Pour bénéficier valablement des avantages économiques et du prestige conférés par la science et la technologie, une nation, petite, moyenne ou grande, se doit de mettre en place, toute une politique scientifique et technologique nationale (PSTN), avec pour implication la mise en place de toute une série d'infrastructures scientifiques. Sans oublier le secteur privé qui se doit de créer des institutions scientifiques, sous forme d'associations ou de fondations, dans le but d'apporter leurs contributions à l'effort national d'appropriation des connaissances scientifiques et technologiques. Sur le plan macro-économique, quels sont donc les facteurs capables d'influencer le progrès, la croissance, le développement et l'émergence économique d'un pays? Selon une étude réalisée conjointement par une équipe de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) et par l'UNESCO, une branche de l'ONU, il ressort que la capacité et la volonté d'un pays à développer les connaissances scientifiques et techniques et à les exploiter à des fins économiques par le truchement de L’EDUCATION, de la recherche et de l'innovation technologique, constituent la voie essentielle vers le progrès, la croissance, le développement et l'émergence économique. La Science et la Technologie sont donc au cœur de la croissance et du développement économique dans le monde. En effet, depuis 1960, on a pu assister sur le plan mondial à une véritable course des nations, visant à l'appropriation des connaissances scientifiques et techniques, et ceci dans tous les domaines de l'économie. Selon l'OCDE, une bonne planification macroéconomique implique la mise en place d'une (politique scientifique et technologique nationale), avec pour implication la création d'un ministère chargé de planifier et d'exécuter la politique du gouvernement en matière de science et de technologie. Il est donc clair et évident qu'aucune nation de cette planète ne peut prétendre à un quelconque progrès, à une quelconque croissance ou émergence économique sans la mise en place d'une PSTN appropriée, capable non seulement de promouvoir un système éducatif moderne et efficient, axé sur l'observation et l'expérimentation, mais aussi de stimuler le progrès et la croissance, ainsi que le développement économique. Comme chaque règle a ses exceptions, Haïti est le seul pays de la Caraïbe et de toute l'Amérique, à vouloir tenter d'accéder à l'émergence économique, sans l'obligation de recourir à la mise en place d'institutions scientifiques, techniques et industrielles, comme le font d’ailleurs tous les pays en développement. Dans les faits, nous représentons la seule nation de la Caraïbe et de l'Amérique à ne pas suivre les recommandations de l'OCDE, et ceci, malgré la présence de soi-disant experts internationaux toujours au service de l'État haïtien. Nos voisins de la République dominicaine, ainsi que les Cubains ont déjà emboité le pas, et ont fait l'effort de mettre en place une PSTN en créant le fameux ministère de l'Enseignement supérieur, de la science et de la technologie. Mieux encore, les Dominicains disposent d'un Fonds national pour promouvoir la recherche et stimuler l'innovation technologique. On comprend maintenant comment ils s'y prennent pour nous bombarder de tant de produits, étant donné que nous ne produisons pas beaucoup en Haïti. En raison d’une mauvaise planification macro-économique, toutes les tentatives d'émergence d'Haïti, depuis 1960 à nos jours, ont échoué. En 1990, sous la présidence de Jean Bertrand Aristide, on nous avait promis une Haïti émergente en 2010-2015. Nous sommes en décembre 2014, à moins d’un mois de l’échéance maximale, où en sommes nous? L'administration Martelly/Lamothe nous promet une Haïti émergente en 2030-2035, sans les mises en place pouvant nous permettre de combler nos lacunes sur les plans scientifique et technologique. De 1960 à nos jours, plus de 50 ans de passivité, de médiocrité et de retard dans presque tous les domaines. Plus de 50 ans de marginalisation et d’exclusion de la créativité scientifique et technique au profit de la créativité artistique (Artisanat, Musique, Littérature, Peinture, etc). Plus de 50 ans de négligence de la production nationale, et on s'étonne de la prédiction de BILL GATES en matière d'émergence économique. Avons-nous une politique scientifique en Haïti ? NON. Disposons-nous d’un ministère scientifique et technologique en Haïti ? NON. Disposons-nous d'un Fonds national pour promouvoir l'innovation technologique en Haïti ? NON. Avons-nous un système éducatif de qualité axé sur l’observation et l’expérimentation ? NON. Dans le budget 2014-2015, combien a été alloué au secteur scientifique en Haïti: 0 gde. HAITI AP VANSE, c'est un fait. Cependant, tant que nous continuons à garder et à maintenir un profil aussi bas en matière de politique scientifique, technique et industrielle, nous courrons encore une fois, le risque, comme durant les 50 dernières années, de tourner en rond sur la piste d'atterrissage, sans jamais pouvoir atteindre la phase combien cruciale du décollage économique de notre chère Haïti. J’aimerais attirer l’attention de tout un chacun, sur une situation qui ne cesse de compromettre l’avenir de nos jeunes en Haïti. Nous avons une conception nettement erronée de la notion de technologie en Haïti, à un tel point, que nous confondons technologie et NTIC (Nouvelles technologies de l’information et de la communication). En Haïti, dès qu’on parle de technologie, nous mettons tous nos lunettes NTIC. Donc en Haïti, technologie veut dire, informatique, réseau, internet, etc. Qu’en est-il de l’électronique analogique et digitale, de la robotique, de la micro-électronique, etc ? L’informatique n’est pas une fin en soi. C’est un outil puissant nous permettant de mieux faire notre travail de tous les jours, peu importe notre domaine d’activité. Que nous soyons médecins, tailleurs, agronomes, avocats, enseignants, physiciens, électroniciens, industriels, etc., on a tous besoin de l’informatique. Il nous faut certes une certaine politique qui nous permette à nous, les Haïtiens, d’accéder convenablement à l’internet, mais la vraie politique technologique dont nous avons besoin, est celle qui nous permet d’accéder à la puissance de la technologie électronique, à la robotique, aux interfaces informatiques, lesquelles technologies, pouvant nous permettre d’appliquer valablement les différentes notions apprises en classe. En privilégiant le développement de l’outil informatique, au détriment du secteur technologique lui-même, nous courons le risque de ne pas pouvoir profiter des nombreux avantages que peuvent offrir les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC). Ainsi donc, en 2014, on se retrouve avec une structure gouvernementale haïtienne obsolète, incapable de nous permettre de faire face aux multiples défis à relever. En 2014, comment peut-on prétendre à l’émergence économique en l’an 2030-2035, avec une structure macroéconomique typique de 1950. La structure macroéconomique d’un pays dit long sur sa volonté d’accéder à la croissance, au développement et à l’émergence économique. En Haïti, nous avons une structure gouvernementale typique des pays sous-développés. Quand on planifie l’émergence économique, culturelle et politique d’une nation, le président de la République, ainsi que son Premier ministre, planifient de manière systématique, les conditions macroéconomiques de l’émergence. Gouverner c’est prévoir, et pour prévoir, il faut savoir. Analysons ensemble la structure gouvernementale haïtienne, pour mieux comprendre son aspect obsolète. L’éducation est d’un certain intérêt pour nous les Haïtiens, et cela se traduit par la présence du ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP). La culture également est importante pour la société haïtienne, et ceci grâce à la présence du ministère de la Culture. Nous manifestons un certain intérêt pour la santé, et ceci explique la présence du ministère de la Sante publique en Haïti. Nous manifestons un intérêt particulier pour l’économie et les finances, pour l’agriculture, pour la jeunesse et les sports, pour l’environnement, etc, en raison de la présence d’un ministère spécifique pour chacun de ces secteurs mentionnés. Et pourtant, la science et la technologie, des vecteurs de croissance et de développement économique par excellence, ne sont pas encore d’un intérêt pour nous les Haïtiens. Non seulement, le secteur scientifique et technologique est important par lui-même, mais aussi, tous les autres secteurs, s’agit –il des communications, de la santé, de l’agriculture, de l’éducation, de la culture, etc., ont tous des besoins scientifiques et techniques spécifiques à satisfaire. Etant donné que l’heure est au compromis et à la restructuration de la nation haïtienne, vis-à-vis de nos prétentions d’émergence, il est vivement recommandé de mettre en place en Haïti une Politique scientifique et technologique Nationale (PSTN), avec pour implication, la création du fameux « ministère de l’Enseignement supérieur, de la science et de la technologie », dans l’objectif particulier de combler et de rattraper nos 50 ans de retard et de lacune dans ce secteur prioritaire. Je dis toujours que celui qui est capable du pire, est aussi capable du meilleur. Nous devons montrer au monde entier, et à nous-mêmes, notre volonté de divorcer avec ce passé, marqué par l’exclusion et la marginalisation du secteur scientifique haïtien. Nous devons profiter de ce tournant historique et décisif dans l’histoire du pays pour jeter les bases d’une Haïti enfin inclusive et vivable pour tous. Une Haïti ou tout un chacun pourra vaquer librement à ses activités quotidiennes, qu’elles soient commerciales, artistiques, scientifiques, techniques ou industrielles. Une Haïti, ou ceux qui veulent devenir physiciens, chimistes, astronomes, ou bien des spécialistes en robotique, des spécialistes en électronique, etc ne sont plus obligés de quitter le pays et de se séparer de leurs familles pour se rendre en République dominicaine ou ailleurs. Ce sera le point de départ de la vraie démocratie, celle qui permettra la participation active de tous les secteurs de la vie nationale à la construction de cette nouvelle Haïti que nous attendons tous. Son Excellence Michel Joseph Martelly est le président de tous les Haïtiens, indistinctement, pas seulement des artistes haïtiens, mais aussi des scientifiques haïtiens également, et, en tant que garant principal de la bonne marche de la société haïtienne, il a la responsabilité de créer les conditions propices à l’épanouissement de tous les citoyens. Profitons donc de cette opportunité historique pour mettre nos pendules à l’heure et créer les conditions macroéconomiques propices à la croissance, au développement et à l’émergence économiques de la nation haïtienne.