« Si c’est pour venir en aide à des pauvres que les logements sont construits, nous les soutenons, si c’est pour accueillir des sans-papiers, nous rejetons fermement cette décision, parce que le pays en question doit se respecter […] Il y a tellement de Dominicains qui ont besoin d’un logement que nous ne pouvons pas les offrir à des étrangers en situation illégale dans le pays », a déclaré le président du Parti réformiste social-chrétien (PRSC), Federico Antún Batlle, dans les colonnes du quotidien dominicain Diario Libre qui, depuis lundi, publie une série d’articles sur le sujet.
En réaction à cette vague de protestations, les autorités dominicaines ont décidé de former une commission qui aura à investiguer sur la situation migratoire dans laquelle se trouvent ces 1 200 Haïtiens pour lesquels la fondation canadienne The Samaritan est en train de construire environ 250 unités de logement à Montellano, dans la province de Puerto Plata.
A l’annonce de cette nouvelle, le ministre de l’Intérieur et de la Police, José Ramón Fadul, dit trouver insolite et en violation totale des lois en matière d'immigration qu’une organisation étrangère et non gouvernementale construise des logements pour des étrangers sans-papiers. Il a en outre averti qu’à partir du 30 juin de cette année, les étrangers qui ne sont pas conformes au Plan national de régularisation seront expulsés, propriétaires ou non d’une maison.
La communauté haïtienne en question, constituée principalement de sans-papiers, se développe et se consolide dans la municipalité Montellano, une province de Puerto Plata. « Coton » ou Villa Esperanza, comme l’appellent les gens du milieu, compte environ 1 200 immigrés en provenance d'Haïti. Le site, qui était un ancien batey, a été développé par Arismendi Medina, conseiller du Parti réformiste social-chrétien (PRSC) à Sosua et président de la fondation The Samaritan. Auparavant, ce quartier disposait de 250 maisons construites en blocs, avec des toits en tôle et des planchers de ciment gris.
Selon Medina, le projet, financé par la fondation The Samaritan, dont le siège social se trouve au Canada, a démarré avec la construction d’une école, de deux églises, d'une clinique médicale, des tuyaux d'approvisionnement en eau, le câblage électrique et un parc de loisirs. Au fil des ans, les résidents haïtiens ont ajouté des épiceries, salons de coiffure et d'autres entreprises.
Toutes les maisonnettes ont été bâties à partir du même modèle : deux petites chambres, salle de bains, salon et salle à manger, cuisine et galerie. Une superficie d'environ 50 mètres carrés où vivent jusqu'à neuf membres de la famille, dont des enfants, pour la plupart, nés sur les lieux.
Se référant aux informations publiées par Diario Libre dans son édition d'hier, le candidat à la présidentielle pour le PRD, Miguel Vargas Maldonado, considère comme une contradiction que les nations qui financent ces organisations non gouvernementales (ONG), pour construire ces maisons dans le territoire dominicain, sont les mêmes qui empêchent l'entrée des Haïtiens sans-papiers dans leur pays. « Ce projet de logement est illégal et inconstitutionnel et PRD exige la suspension immédiate de la construction », a-t-il martelé.
Pour sa part, le sénateur Dionis Sanchez juge qu'il n'y a pas de réfugiés politiques en République dominicaine, et que, par conséquent, ce projet d'habitation est une violation de la Constitution. Il se demande si le gouvernement canadien permettrait la réalisation de pareils projets sur son territoire. « La Fondation The Samaritan devrait développer ce projet en Haïti, où beaucoup de besoins de ce genre persistent», a déclaré le parlementaire.
Face à cette situation, pour le moins embarrassante, le conseiller municipal Arismendi Medina a décidé de plaider l'ignorance. Arguant qu'il ignorait le statut d'immigration de ces personnes. Du côté de l’ambassade du Canada à Santo Domingo, silence total. Le personnel de l’ambassade, contacté par la rédaction de Diario Libre, n’a pas voulu se prononcer ni en faveur ni contre cette communauté d’Haïtiens qui grandit à Montellano.
Dans la communauté de Villa Esperanza, l’accès à l'éducation et à la santé est limité. Les routes y sont non pavées, précarité et privation abondent dans les maisons. Beaucoup de maisons n’ont pas de four et les cuisinières utilisent du charbon de bois. La plupart des femmes ne travaillent pas, alors que les hommes en général gagnent leur vie en travaillant dans le domaine de la construction.
Selon les propos de Medina, la fondation The Samaritan a été créée pour aider les gens pauvres. En 27 ans d’existence, elle a construit environ 1 500 maisons pour des familles à faible revenu et environ dix églises évangéliques. Cependant, il a refusé de donner des détails concernant le nombre total de maisons qui ont été livrées aux Haïtiens et le nombre d'entre eux qui vivent déjà là-dedans. Mais certaines informations en provenance de la presse font croire qu’un projet de logements de ce type peut avoisiner 1,5 million de dollars.
Source : www.diariolibre.com
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